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Pris dans la tourmente de l’ouragan Katrina qui s’apprête à ravager la Nouvelle-Orléans, plusieurs personnages tentent de sauver leur vie avec plus ou moins de grandeur. Laurent Gaudé, qui est aussi auteur de théâtre, construit son roman choral comme une tragédie grecque, avec son souffle et sa générosité coutumières. L’histoire du Sud, la traite des Noirs, la réalité sociale et économique, l’intimité de la peur, de l’amour et de la mort tourbillonnent autour de l’oeil du cyclone de cette fresque terriblement humaine.

Laurent Gaudé : Ouragan, Actes Sud, 2010

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ZakuroVoilà le genre de petit livre qu’à peine refermé on s’empresse d’offrir. Nous sommes au Japon, au coeur d’une famille japonaise aimante, soudée, dont est pourtant absent le père. Disparu en captivité, il a été englouti par l’Histoire, sauf pour son épouse qui, confiante, l’attend toujours quarante après. Un jour, un ami du fils aîné lui dit, j’ai vu ton père… Ecrit en français par une jeune japonaise talentueuse vivant à Montréal, ce récit se déploie comme le fruit du zakuro, la grenade, arrive à maturité, tout en douceur alors même qu’il relate une tragédie. Une merveille de finesse, de pudeur, d’émotion contenue qui ne nous quittera plus.

Aki Shimazaki : Zakuro, Actes Sud, 2009.

GarnierUn couple appartenant au « troisième âge » achète une villa dans un lotissement hyper- sécurisé « senior only ». L’installation est un peu difficile car les travaux ne sont pas tout à fait terminés… Voir s’installer de nouveaux voisins est donc source d’espoir et de réjouissances. Et pourtant les choses ne sont pas si simples : l’éducation, la culture, les non-dits et les fantasmes mettront les nouveaux arrivants à rude épreuve!
Malgré la noirceur du sujet, Pascal Garnier décrit avec finesse et humour une génération qui voudrait s’offrir le bonheur en prime!

Pascal Garnier : Lune captive dans un oeil mort, Zulma, 2009,157 p, 16,50 euros.

Leur mère est algérienne, leur père est allemand. Eux-mêmes vivent en banlieue parisienne, l’un qui a réussi, il est cadre dans une multinationale, l’autre « zonant » parmi les jeunes de la cité. C’est l’époque de la sale guerre en Algérie, dans les années 90, et leurs parents feront partie des victimes d’un de ces raids meurtriers perpétrés à l’époque par le GIA. C’est alors que surgira aux yeux des deux fils le passé nazi de leur père, pourtant porteur dans son village algérien du titre prestigieux de moudjahid. Basé sur une histoire authentique, le roman est composé en alternance du journal tenu par chacun des deux frères. Et c’est très fort, car on y trouve, en différentes strates, des thèmes qu’il est audacieux mais pertinent de rapprocher… L’actualité de l’islamisme radical, y compris dans sa présence insidieuse au sein des communautés immigrées, souvent abandonnées à leur sort, se fait l’écho de la politique d’extermination menée par les Nazis. Le fascisme continue à faire des émules, notamment parmi certains nationalismes contemporains. L’auteur, Boualem Sansal, place donc son livre sous l’égide de Primo Levi, dont l’expérience de l’inhumain est devenu témoignage universel. Mais il y plus. En filigrane apparaît ce thème développé par maints auteurs, entre autres François Emmanuel dans La question humaine, de la continuité qu’il y a à trouver entre l’implacable rigueur de la rationalité économique et l’emprise de la technique dont les méthodes nazies ont été le sinistre avatar. Le journal des frères Schiller est un éclairage sur le monde où nous vivons, et un livre bouleversant sur la difficulté des fils à assumer les fautes de leurs pères.le village de l'allemand

Boualem SANSAL : Le village de l’Allemand, ou le journal des frères Schiller, Gallimard, 264p.

Patrimoine, La bête meurt, Philip Roth a déjà parlé de l’échéance. Il remet le couvert avec Un Homme. D’entrée de jeu, il enterre son personnage dans une scène Woody Allen. Sont là, les trois ex-femmes, les enfants brouillés avec leur père, une ancienne maîtresse émue, le frère aîné scandaleusement resplendissant de santé… La suite est le récit détaillé de la fin d’un septuagénaire ordinaire qui n’en avait pas fini avec la vie. Terrible, juste, sans trémolos, Roth mêle pudeur et impudeur, ironie et tendresse dans ce miroir tendu à la Camarde.
A ne pas lire si on n’a pas le moral !
Gallimard

Plongée vertigineuse dans le New-York des années 80, « Trente ans et des poussières » explore le monde dans lequel évoluent Russel, un éditeur en vogue, et Corrine, son épouse courtière en bourse.
Couple branché des eighties triomphants, modèle du genre mariant l’art et l’argent, presque sages au sortir de la jeunesse. Loin, très loin des années 70 et de ses excès : « Quand je pense que je passais des nuits blanches, rien que pour m’amuser », se souvient un des protagonistes. Tandis qu’un autre lui rétorque « C’est plus amusant quand c’est pour le fric ! » Reagan et le dieu Dow Jones ont pris le pouvoir. Roman d’une génération,  » Ces nouveaux venus, ces gosses, la classe quatre-vingt, (…) des opportunistes qui n’avaient ni le sens de l’histoire ni le respect des institutions (…) des gosses en bretelles prêts à ouvrir le feu sur quiconque se dressait entre eux et leurs désirs du moment ». Au fil des brefs chapitres et des quelques cinq cents pages qui constituent le roman, cette chronique se déroule avec style et grande maîtrise en suscitant un véritable plaisir de lecture, plein de l’affection que nous fait ressentir l’auteur pour Russel et Corinne, créatures ambiguës, tout à la fois odieuses et attachantes, mues par de nouvelles certitudes et pourtant agitées par le doute.

Jay McInerney
Trente ans et des poussières
Points

pour info, les éditions de l’Olivier viennent de publier, du même auteur, « La belle vie » où l’on retrouve quinze ans plus tard Russell et Corrine.

Présentation de l’éditeur :
« Nous sommes le 10 septembre 2001. Dans quelques heures, le monde va basculer dans l’horreur. Cette horreur, Jay McInerney se garde bien de nous la montrer. Ce livre n’est pas le roman du 11-Septembre. Il nous parle de ce qui se passe après, quand l’onde de choc de l’attentat du World Trade Center vient percuter des millions d’existences. Une étrange atmosphère se répand, mélange de chaos et de responsabilité collective, d’angoisse et d’euphorie. L’impossible est devenu possible. Désormais, tout peut arriver. Corrine fait du bénévolat sur le site de Ground Zero. Elle y rencontre Luke. C’est le début d’une passion qui, elle aussi, va tout balayer sur son passage. Dans cette ville qui ne ressemble plus à rien, sinon, peut-être, au Londres de La Fin d’une liaison, ils cachent leurs amours clandestines, au point d’oublier ce qui les entoure : le fric, le toc et le chic du milieu auquel ils appartiennent, l’érosion des sentiments, le poids des habitudes. Jusqu’au moment où… On retrouve dans ce livre tout ce qui a fait de Jay McInerney un des écrivains les plus brillants de sa génération : l’humour, la légèreté, l’élégance, et cet art de croquer avec férocité la comédie sociale, à une époque où tout le monde rêve de devenir riche et célèbre. Avec, en plus, une touche de gravité, un zeste de mélancolie qui donnent à ce roman magnifique une couleur plus sombre, à laquelle Jay McInerney ne nous avait pas habitués. »

A sa mère berbère, illetrée au cœur fragile, qui ne parle pas le français, Zahia Rahmani tend ce récit de son enfance. Rarement, un texte a dit avec tant d’amour et de colère, la violence de l’assimilation. De toutes ses forces l’auteur à lutté à la fois contre la brutalité obtuse de son père et les préjugés imbéciles des Français de souche. Elle est devenu auteur, écrit régulièrement sur l’art et la littérature, son avant-dernier roman Musulman (2005) a été finaliste au Fémina.
A l’heure de la question de l’identité nationale en France, ce livre d’une vive intelligence, pétri de tendresse et de lucidité, est une occasion de comprendre de l’intérieur le vécu de ce que suppose une double culture.

Zahia Rahmani
France, récit d’une enfance
Sabine Wespieser éditeur.