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Category Archives: Poches

Pour les amateurs de polars historiques, la maison d’édition 10/18 est depuis longtemps la référence à travers sa collection « Grand détectives ». La dernière sensation s’appelle Frank Tallis : un docteur en psychologie renommé et par ailleurs auteur d’une série intitulée « les carnets de Max Liebermann » : des intrigues policières dans l’Autriche de 1900. Particularité de l’enquêteur : il s’agit d’un docteur adepte des bouleversements de la psychiatrie d’alors, en bref un détective-psychanalyste ! Nous avons lu pour vous « Les mensonges de l’esprit » et confirmons : c’est excellent ! Au milieu d’une valse, l’inspecteur Rheinhardt est appelé d’urgence à Saint-Florian, une école militaire des environs de Vienne, où un jeune élève vient d’être trouvé mort. Pointons d’une part une enquête fort bien construite et d’autre part l’ambiance si particulière du Vienne du début XXe.

Les mensonges de l’esprit
Frank Tallis
10/18
trad par Michèle Valencia

Non,nous ne vous parlerons pas ici du nouveau Gavalda (l’auteure du très plébiscité Ensemble, c’est tout, un des plus gros cartons de librairie francophone de la décennie). Nous préférons vous entretenir d’un petit bouquin paru en poche chez le très recommandable éditeur Picquier. Appel du pied est le premier roman de Wataya Risa, une japonaise de 19 ans. Autant le dire, c’est une petite merveille , dans la lignée des Années douces et de Park life (tous deux également chez Picquier). De la simplicité d’une chronique lycéenne, Wataya écrit un récit aigre-doux qui parle de comment grandir, comment trouver du sens. Elle nous fait vibrer doucement en touchant notre corde sensible, celle-là qui vibra le jour où l’on découvrit l’Attrape-coeur de Salinger. « Je veux être reconnue. Je veux qu’on m’accepte. Je veux que quelqu’un délie un à un tous les fils noirs qui sont pris dans mon coeur » L’auteur a reçu le prix Akutagawa, rien de moins que le Goncourt japonais.

WATAYA Risa
Appel du pied
Ph. Picquier
Trad. Patrick Honnoré

Le livre de poche vient de publier un véritable trésor de l’écrivain slovène Drago Jancar, dans un genre que l’on affectionne particulièrement : celui de la nouvelle. Jancar, ancienne figure de la dissidence ex-yougoslave est considéré aujourd’hui comme l’un des auteurs les plus importants de son pays. Dans ce recueil intitulé l’élève de Joyce, l’occasion nous est donnée de découvrir les vertiges que provoquent son écriture comme son univers. Ces textes courts écrits avec simplicté et nervosité cristalisent le moment subtil, l’abrupt point de rupture où ses personnages se trouvent confronté à la noirceur absolue, au sombre mystère de la destinée marquée par l’absurde comme par le totalitaire. Jancar, résolument pessimiste et par là, à sa manière, d’une grande humanité, nous livre ici un recueil magistral que l’on vous recommande !

Quand Moss, un ancien du vietnam, découvre par hasard deux millions de dollars dans une sacoche au milieu du désert, la tentation est forte. Voilà « toute sa vie réduite à vingt kilos de papier ». Malgré les cadavres mexicains alentours, victimes d’un règlement de compte entre nacrotrafiquants et les armes automatiques encore fumantes, il s’empare du magot. La chasse à l’homme peut commencer. Les frères Coen ne se sont pas trompés en décidant d’adapter cet excellent bouquin, un western moderne et très sombre. L’occasion pour tous de découvrir à petit prix l’écriture si particulière de Cormac McCarthy : une prose descriptive, lapidaire, rythmée par les conjonctions de coordination. Par ailleurs, l’Olivier vient de publier « La route », un roman d’un genre très différent où McCarty nous confronte avec force à la fin du monde, prix Pulitzer.

Non, ce pays ce n’est pas pour le vieil homme
Cormac McCarthy
Traduit de l’américain par François Hirsch
Points

Loin des clichés mielleux, l’auteur culte de « Génération X » nous livre ici sa vision de la réunion de famille. Sorte de feux d’artifices déjanté, road movie sous acide, galerie de personnages improbables, explosion comique aux accents visionnaires « Toutes les familles sont psychotiques » narre les invraisemblables et ô combien comiques tribulations de la famille Drummond. Exceptionnellement réunis en FLoride pour la mise en orbite de la petite dernière, Sarah, petit prodige manchot devenu astronaute, Ted, Janet et leurs enfants Bryan, Wade et Sarah prennent un malin plaisir à laisser s’exprimer leur folie congénitale.
Arnaqueur de seconde zone, Wade est atteint du sida, qu’il a transmis à sa mère par accident le jour où Ted lui a tiré dessus pour avoir couché avec Nickie, ignorant qu’il s’agissait de sa belle-mère ! Son frère Bryan, suicidaire multirécidiviste, est quant à lui au désespoir face à sa petite amie au prénom imprononçable qui désire revendre leur bébé à venir à un couple riche et stérile. Quant à Sarah, sous ses dehors de fille bien comme il faut, elle entretient une liaison avec son commandant de navette avec qui elle projette de concevoir en gravité zéro. Et ce n’est qu’un début… Tout part en vrille dans un bel exemple de la loi de Murphy : « S’il y a plus d’une façon de faire quelque chose, et que l’une d’elles conduit à un désastre, alors il y aura quelqu’un pour le faire de cette façon.» et ce quelqu’un, chez Coupland, est forcément un Drummond. Caustique, rythmé, absurde et hilarant !

Douglas Coupland
Toutes les familles sont psychotiques
10/18

En poche aux éditions de l’Aube, un recueil de nouvelles écrit en français par une auteur que nous apprécions beaucoup (Riz noir, Rapaces, etc.). Dans ce premier livre, Anna Moï, par le biais de récits centrés autour de sa passion, la musique, communique avec souffle et simplicité sa vision tragi-comique du Vietnam actuel, en particulier le sud du pays et sa capitale Saïgon où elle est née avant de partir vivre au Japon et en France pour y revenir en 1992 et y débuter sa carrière littéraire. « Si je pose la tête sur son épaule, en fermant les yeux, tous les éléments rouges reviennent : sable, pierre, terre »
Ainsi va l’écriture intimiste d’Anna Moï : un vrai talent pour l’évocation.

Anna Moï
L’écho des rizières
Aube Poche

Au sortir d’une adolescence difficile marquée par le suicide de sa mère et clôturée par celui d’un de ses deux meilleurs amis, Joe Goffman est parti vivre à New-York. De ces années de jeunesse, il y écrit un roman caustique et autobiographique dans lequel il prend sa revanche sur la petite ville de province où il a vécu et sur ses habitants qu’il dépeint avec mépris. Contre toute attente son roman devint un best-seller et un film à succès. Joe est devenu riche, très riche. Il roule dans une décapotable dernier cri et possède un appartement chic à Manhattan où il collectionne les conquêtes en se coletinant toutefois un sacré mal de vivre. Lorsque son père est victime d’un accident cardiaque, 17 ans plus tard, il retourne à Bush Falls, la conservatrice. Autant dire qu’il n’y est pas le bienvenu…
C’est ainsi que débute « le livre de Joe ». Une plongée romanesque où le lecteur découvre en alternance les événements tragiques du passé comme les retours de flamme du présent qui s’abattent sur le narrateur avec une régularité presque métronomique.
Malgré certains moments légèrement « appuyés », Jonathan Tropper signe un premier roman tendre, captivant (le « ressort narratif » est puissant et efficace) mais aussi acide et par moment franchement désopilant.

Le livre de Joe
Jonathan Tropper
10/18

A l’instar d’un O. Henri dont nous vous parlions précédemment, John O’hara fait partie de ces écrivains américains majeurs tombés avec injustice dans l’oubli. Rendez-vous à Samarra, que rééditent en poche les éditions Rivages, est de ces chefs-d’oeuvre pleins d’esprit que l’on découvre avec un grand bonheur. L’arrière-plan en est un tableau grinçant de la haute bourgeoisie au temps de la prohibition, un tableau critique mais aussi lyrique, fait de mondanités alcoolisées et d’érotisme sous-jacent dans un monde étouffé par l’hypocrisie sociale. Le personnage principal, Julian English, suite à un « malencontreux incident », un verre lancé en pleine figure d’un de ses pairs lors d’un bal, amorce un lent décalage qui en 48 heures se transformera en une véritable descente aux enfers. Suivez donc le conseil prodigué par le grand Ernest Hemingway : « Si vous rêvez d’un roman magnifique, écrit par un auteur qui maîtrise parfaitement son sujet, lisez Rendez-vous à Samarra »

Rendez-vous à Samarra
John O’hara
trad. par Marcelle Sibon
Rivages

Richard Price a passé son enfance dans le Bronx. De ce vécu, il a tiré « Les Seigneurs », un roman témoin sur l’adolescence dans le quartier pauvre de New-York au milieu des années 60. Pour échapper à un quotidien morose et difficile marqué par l’ennui, la pauvreté, les violences familiales, l’absence de perspectives ; les jeunes se regroupent en gangs : Boules à Z, Vagabonds, Ducky Boys, Pharaons, etc.
Le Bronx est ainsi répartis, rue par rue, entre les gangs ethniques ou religieux. dans ce monde sans pitié, « théâtre shakespearien » rythmé par les affrontements, règne un parfum de West Side Story version Hubert Selby Jr (Last exit to brooklyn, le Saule, etc.).
On suit les tribulations de Richie, Joey, Buddy, et autres Sloopy, autant de garçons qui, en attendant la vie d’adulte, expérimentent leurs limites : bastons, déconnades, beuveries, dragues, boums, sexe, etc. Le quotidien des Seigneurs de la guerre et de leurs troupes.
Écrit en 1974, Les seigneurs est un livre choc que l’on vous recommande.

Richard Price
Les seigneurs
10/18

Sortie en poche du texte fondamental d’Elie Wiesel, survivant du camp d’Auschwitz où il fut déporté à 15 ans, prix Nobel de la paix en 1986 et infatigable témoin de l’Holocauste. « La nuit » est son premier livre, publié en 1958. Il ressort dans une nouvelle édition avec une nouvelle préface de l’auteur. Outre le récit tragique de la déportation, de la séparation familiale et du camp, Wiesel questionne la dignité de l’Homme confronté à l’horreur absolue. La nuit est en ce sens un livre universel.
Hemmingway place à l’entrée de son plus beau roman cette phrase de John Donne : « La mort de tout homme me diminue, parce que je suis solidaire du genre humain. Ainsi donc n’envoie jamais demander : pour qui sonne le glas ; il sonne pour toi » C’est au nom de cette universalité, de cette compassion nécessaire qu’il faut lire ou relire le livre de Wiesel.

La Nuit
Nouvelle édition
Préface d’Elie Wiesel,postface de François Mauriac
Collection « double », Minuit