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Monthly Archives: septembre 2010

Bruxelles, juin 1960, la Belgique se déchire sur la question de l’indépendance du Congo. Eric Vermeer, jeune journaliste engagé pour la décolonisation, ne se fait pas que des amis quand il tente de publier un article trop indulgent à l’égard de Lumumba. Rose, sa femme, est infirmière. Elle s’occupe de nombreux colons rapatriés en Belgique. Ayant elle-même passé son enfance au Katanga et nostalgique d’un monde sur le point de disparaître, elle comprend la détresse de certains d’entre eux. Un jour, le chargé d’affaire de Van Lancker, riche exploitant de mines de diamants qui s’est occupé d’elle enfant, lui remet un masque et une lettre, à n’ouvrir qu’à la mort de celui-ci. Dépositaire, sans le savoir, d’un secret convoité par des aventuriers sans scrupules, elle va devoir échapper aux pièges que ceux-ci vont lui tendre, pour exécuter les dernières volontés de son vieil ami. Largement inspirée par l’histoire de sa mère, Thilde Barboni livre ici sous le trait inspiré de Séraphine une passionnante histoire d’héritage, de quête d’identité et de course au trésor sur fond de bouleversements politiques à une époque charnière de l’histoire belge et européenne.

Séraphine ; Barboni ; Rose d’Elisabethville, Dupuis (Aire Libre), 2010.

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Il y a toujours une étincelle chez Olivier Adam quand il aborde ses thèmes de prédilection : les liens familiaux, la mort, l’absence, la fuite. Ses héros sont d’une même communauté, ses romans s’enchaînent, se suivent, se répondent. Sarah quitte la banlieue parisienne, une vie trop formatée, un mari trop parfait, des enfants qu’elle ne (re)connaît plus et part pour le Japon sur les traces de son frère disparu tragiquement. Nathan, comme des centaines d’autres avant lui, a voulu se jeter du haut des falaises vertigineuses qui bordent à cet endroit le littoral nippon. Sarah, à la recherche d’elle-même autant que du mystère de la vie de Nathan, elle aussi, est sur le point de basculer. Elle croise et rencontre des êtres aussi mystérieux qu’extraordinaires, comme Natsume, ancien flic qui passe son temps à tenter d’empêcher ces hordes de désespérés de commettre l’irréparable. Avec grâce et simplicité, Adam excelle à dire les élans interrompus, les sentiments inexprimés, l’illusion sèche d’un monde sans égard pour les plus fragiles.

Olivier Adam : Le coeur fragile, L’Olivier, 2010, 18€

Alger, 1957, veille de la Bataille dite d’Alger de sinistre mémoire. Les militaires français ont pleins pouvoirs, remplacent la police et instaurent la torture comme méthode d’interrogatoire. Jérôme Ferrari construit un huis clos entre un lieutenant, son capitaine, et un chef du FNL arrêté. Le livre s’ouvre par une accusation, « Je me souviens de vous, , mon capitaine, je m’en souviens très bien, et je revois encore distinctement la nuit de désarroi et d’abandon tomber sur vos yeux quand je vous ai appris qu’il s’était pendu. » Le lieutenant accuse son capitaine, son frère d’armes, d’avoir voulu prendre de la hauteur, d’avoir cru qu’il valait mieux que ses hommes, et d’avoir cherché la fraternité auprès d’un ennemi, plutôt qu’auprès des siens, de les avoir trahis par ses états d’âme… Jérôme Ferrari donne-là un livre admirable, une interrogation sur le Mal. Comment vivre en adéquation avec soi et avec l’Histoire est la question qui traverse ce livre de douleur et de rédemption. Peut-on servir une cause, juste, injuste, sans se perdre, se sauver de soi-même et survivre à la haine de soi ? Le style, la profondeur de ce livre qui ose sonder la part obscure de l’homme, nous rappelle la grandeur de l’œuvre de Dostoïevski. Pas moins.

De Jérôme Ferrari, vient de sortir en poche (Babel), Dans le secret, roman sur la filiation et la mémoire, publié en 2007. Rappelons aussi, toujours chez Actes Sud, son magnifique Un dieu un animal.

Jérôme Ferrari : Où j’ai laissé mon âme, Actes Sud, 2010, 17€