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Monthly Archives: juillet 2010

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connait pas », écrivait un philosophe. Il en est ainsi dans le très beau, mais aussi douloureux, roman de Peter Stamm.
Soit un homme, Alexander, marié à une femme belle et brillante, Sonia. Leur situation est florissante, et ils ont même une petite fille, Sophie. Bien sûr, ça n’est que l’endroit du décor : une vieille amie de Sonia vient visiter le couple, et c’est à elle qu’Alex choisit de raconter la face cachée. Il y a eu une autre femme, pas belle, pauvre, renfermée sur elle-même. Une Bérénice (si on se réfère au roman d’Aragon), dont Alex n’a pourtant jamais pu se séparer. Il y a eu, il y a toujours, quelque part, Iwona, la Polonaise.
Sans jamais s’engager, sans l’aimer, dit-il, Alex a poussé leur relation jusqu’à ses plus ultimes conséquences.
Ce sont ces conséquences que l’on découvre, bouche bée. L’écriture de Stamm est d’une apparente simplicité, mais en fait, d’une grande précision dans sa capacité à faire ressortir la parole, le geste, révélateurs de chaque situation. La narration respecte également la chronologie, mais le lecteur n’en ressent que davantage l’enchaînement des faits… et des êtres.
Ce n’est pas le premier roman de Peter Stamm, dans celui-ci il est redoutable.

Peter Stamm : Sept ans, traduit de l’allemand par Nicole Roethel, Christian Bourgois Editeur, 2010, 18€

Naples est le personnage principal de cette journée particulière. Naples, ou plutôt la cour d’un immeuble populaire dans l’immédiat après-guerre. Un adolescent est veillé par le concierge, peu loquace. Erri de Luca est un taiseux, ses personnages aussi, qui mêlent ensemble les rêves éveillés, le vécu, l’inespéré dans un livre qui se découvre par les oreilles. Le napolitain se télescope à l’italien –admirablement rendu par la traduction-, et restitue l’imaginaire populaire avec une saveur, une tendresse sans égales. Et quand le bonheur surgit soudain, dans toute sa grâce, c’est pour laisser aussitôt la place au jour d’après , au « nuncepenzammocchiu « , au « nypensons » et à sa couleur particulière, un peu passée. Chronique sociale, ce roman d’initiation d’une pudeur sèche, d’une absolue poésie, est un moment rare.

Erri de Luca : Le jour avant le bonheur, traduit de l’italien par Danièle Valin, Gallimard, 2010

Où l’on retrouve le Erik Orsenna de L’Exposition coloniale (prix Goncourt 1988), et son goût du gai savoir. L’amoureux de la mer, le cartographe du tendre, des sciences, des contrées lointaines conjugue ses plaisirs pour raconter l’aventure du Nouveau Monde. Vous ne le saviez pas ? Christophe Colomb avait un frère cartographe, aussi casanier et méticuleux que son aîné était baroudeur et approximatif. A la fin de sa vie, ce frère, nommé par Colomb vice-roi d’Hispania (l’actuel Saint Domingue) se confesse, sans beaucoup de contrition, auprès du prêtre Las Casas, défenseur des Indiens. La vérité et les mensonges se chevauchent dans ces pages au point que le lecteur se demande sans cesse où est le vrai ou est le faux. Ce qui semble le plus invraisemblable est souvent historiquement exact. La plume allègre d’Orsenna nous tend un miroir interpellant sur notre rapport au monde et cette mondialisation d’alors, parée des vices de la colonisation. A bon entendeur…

Erik Orsenna : L’entreprise des Indes, Stock/Fayard, 2010