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Monthly Archives: février 2010

Sofia se réveille à l’hôpital après une tentative de suicide. Quelles circonstances ont bien pu pousser la jeune femme à attenter à ses jours ? Il y a tout d’abord un penchant affirmé pour les hommes dépressifs comme elle, mais surtout faibles et lâches, dont son ex-mari Nicola et ses deux amants, Arturo et Marcello. Mais cela ne serait rien sans une histoire familiale pour le moins difficile : son père Ferdinando, océanologue, est absent depuis toujours et lui envoie des quatre coins du monde par Internet de petits films consacrés à la vie des requins, et sa mère Margherita s’est donnée la mort alors que Sofia était encore enfant. Déjà précaire, l’équilibre psychique de la jeune femme vacille un peu plus lorsqu’elle retrouve un paquet de lettres que sa mère n’a jamais expédiées et dont la lecture lui ouvre les yeux. Mais les apparences sont trompeuses : Sofia a-t-elle vraiment voulu se tuer ? Ne s’agirait-il pas plutôt d’une seconde naissance ?
Porté par un humour dévastateur, un rythme trépidant et une écriture flamboyante, L’équilibre des requins a le courage d’affronter un sujet difficile, la dépression, dans toute sa complexité. Un défi ambitieux que Caterina Bonvicini relève brillamment. (notice de l’éditeur)
A découvrir…

Caterina Bonvicini : L’équilibre des requins, traduit de l’italien par Lise Caillat, Gallimard (Du monde entier), 298p, 21€

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On connaît l’origine de ce livre. Yvon Toussaint, ancien rédacteur en chef du quotidien bruxellois Le Soir, pianotant sur Internet, tombe un jour sur l’évocation d’un homonyme, Yvon Toussaint comme lui, sénateur haïtien assassiné en 1999. L’écrivain, au demeurant toujours journaliste dans l’âme, n’hésite pas. Via New York et Miami, pour y rencontrer la fille et la veuve du sénateur, il embarque pour Haïti. Et commence alors une expérience assez étonnante, où le narrateur entre lui-même dans le récit, personnage d’une enquête qui ne sera pas sans risques. Il est sûr qu’à remuer de vieilles histoires de crime, on dérange, et on le lui fera sentir. Mais aussi parce qu’Haïti est le pays du Vaudou, qui célèbre particulièrement le thème des jumeaux. Il faut accepter ainsi « une fois pour toutes que le vif puisse tout autant saisir le mort que l’inverse« . Phénomène de dédoublement, vertige de l’Yvon Toussaint écrivain (il se tutoie dans le texte, comme pour se mettre à distance), et tout cela fait un livre passionnant et original, dont il ne faut pas négliger la part de fiction (notamment par des personnages hauts en couleur), puisque dans cette histoire, aucune vérité ne peut se dire sans qu’elle soit réécrite par le romancier.
Autre chose encore, de taille. A l’heure où Haïti connaît un drame terrifiant, ce livre fait aussi œuvre de témoignage de cette île lointaine, terre tragique mais fascinante, adossée à un Saint-Domingue que fréquentent tant de touristes innocents, ou inconscients, c’est selon.

Yvon Toussaint : L’assassinat d’Yvon Toussaint, Fayard, 2010, 372p.

L’adaption d’une oeuvre littéraire en bandes dessinées n’est pas chose aisée, plus d’uns s’y sont essayés avec des fortunes diverses. Nous avions beaucoup aimé le roman de Teulé, l’adaptation de Philippe Bertrand est très réussie. Pour rappel et en bref, Louis-Henri de Pardaillan, Marquis de Montespan refusera jusqu’à la mort de partager son amour avec le Monarque ensoleillé … Scandales, provocations, il tentera tout pour reconquérir son épouse étourdie par les fastes de la Cour. Si le côté leste du roman est quelque peu gommé (à peine), Philippe Bertrand, très bien documenté, insiste sur l’extrême violence des rapports de force entre courtisans et la médiocrité puante de l’aristocratie, à peine dissimulés derrière l’éclat des lustres et des dorures. Il en résulte une véritable chronique sociale, cruelle et drolatique au coeur de laquelle un héros attachant n’hésite pas à défier le pouvoir absolu.

Bertrand; Teulé, Le Montespan, Decourt Mirages, 2010.

Une autre fiction animalière (voir Lutte majeure) fait parler d’elle et on applaudit des deux mains. Nous sommes à Paris en 1910 au moment des grandes inondations. La race dominante n’est plus celle que l’on croit. Une petite humaine capturée par des braconniers suscite l’émoi dans la classe politique et scientifique du pays. On a toujours cru la race humaine sauvage et dépourvue de toute forme de langage. Il se trouve que la petite Feuille … parle. La petite parvient à s’échapper avec l’aide du journaliste Fulgence et de la jeune Léopoldine, étudiante en sciences, et n’a de cesse de retrouver son frère dont elle fut séparée au moment de sa capture. Fulgence et Léopoldine vont-ils finir par découvrir la terrible vérité ? Une uchronie romanesque passionnante rappelant l’univers d’Orwell.

Spiessert; Bourhis, Hélas, Dupuis Aire Libre, 2010.

En 1941, l’armée allemande lance l’Opération Nordlicht (« Aurore Boréale »). La prise par les nazis de la ville de Leningrad s’avérant vite impossible, commence alors ce qui deviendra le plus long siège de toute l’Histoire. « Lutte Majeure » raconte un épisode dérisoire de ce siège mettant en exergue la résistance héroïque des Russes face à l’envahisseur: l’ordre formel donné par Staline en 1942 de reformer l’orchestre symphonique de la ville et de lui faire interpréter publiquement la 7e symphonie de Chostakovitch dans la ville assiégée, afin de galvaniser le patriotisme de la population. Voici donc, sous la forme d’une brillante fiction animalière, un fragment d’Histoire pure avec au coeur de la barbarie une lueur d’espoir et de poésie.

Céka; Borris, Lutte majeure, Casterman KSTR, 2010.