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Monthly Archives: janvier 2010

Abdelwahab Meddeb anime une émission hebdomadaire « Cultures d’Islam », sur France-Culture. A l’heure où l’Islam offre de lui-même une image troublée, et où son développement en Europe pose la question des valeurs qui sous-tendent nos sociétés, il est salutaire d’entendre des voix qui prennent le contre-pied des idées reçues, et qui ouvrent la perspective d’une « cosmopolitique post-occidentale ». Car l’Islam peut s’accommoder de la modernité et se détourner de la sharî’a, dit Meddeb. Seule une avancée vers une forme de laïcité peut donner à l’Islam un nouveau souffle, en le débarrassant de cet archaïsme qui consiste à ne traiter les actes que de façon binaire (enfer/paradis) et en renouant avec ses propres Lumières. Référence intense est faire ici à Ibn Arabî et aux maîtres du soufisme, cette forme mystique et tout en nuances de l’Islam. Intellectuel franco-tunisien, Abdelwahab Meddeb prolonge ici la réflexion entamée, entre autres livres, dans « La maladie de l’Islam », ou « Sortir de la malédiction ». A lire pour élargir son esprit…

Abdelwahab Meddeb : Pari de civilisation, Seuil, 16 €.

Sylvia Plath et Ted Hughes forment un couple mythique des lettres de langue anglaise. Tous deux poètes, ils se rencontrèrent à Cambridge en 1956, et vécurent quelques années de passion et de création, alliage difficile et périlleux… D’autant que Ted, aussi fort et solaire que Sylvia était fragile et lunaire, y mêlera très vite son amour pour une autre poétesse, Assia Wevill. C’est ce triangle amoureux que raconte ce livre, à la manière de Claude Pujade-Renaud : une mosaïque de voix, qui toutes reconstituent le fil d’une histoire tourmentée, marquée par le suicide de Sylvia en 1963, et celui d’Assia, en 1969. Car une voix reste silencieuse tout au long du livre, celle du « braconnier », Ted Hughes, et son silence est comme une ombre portée sur le destin de deux femmes troublantes, et troublées, jusqu’à la mort.
Trente-cinq ans plus tard, pourtant, en 1997, peu avant sa propre mort, Ted Hughes parlera, au travers du recueil des 88 lettres-poèmes qu’il n’avait cessé d’écrire à Sylvia.

En parallèle, notons l’intérêt à lire la poésie de Sylvia Plath, Arbres d’hiver (Poésie Gallimard), Ariel (Monde entier, Gallimard ; ou le même texte lu par Isabelle Carré, aux Editions des Femmes).

Claude Pujade-Renaud : Les femmes du braconnier, Actes Sud, 2010, 21 €.

Ted Hughes : Birthday letters, Gallimard (Monde entier), 19,50 €.

L’astrophysicien vietnamien donne avec ce dictionnaire amoureux une formidable synthèse de l’astronomie. Merveilleux vulgarisateur, il nous dit à la fois, ce qui fut, dans une perspective historique, ce qu’il en est aujourd’hui, et ce qu’il pressent. Son bouddhisme n’entrave pas sa liberté ni sa rigueur de scientifique, il donne une dimension spirituelle aux incertitudes. Les quatre forces fondamentales que sont l’électromagnétisme, la gravité et les forces nucléaires, forte et faible, n’ont plus de secret pour le lecteur. Ou presque… En revanche, les trous noirs, les multivers (les autres univers que le nôtre), l’infiniment grand et l’infiniment petit, le Temps et l’Espace n’en finissent pas de s’ouvrir à de vertigineuses hypothèses.

Trinh Xuan Thuan : Dictionnaire amoureux du Ciel et des Etoiles, Plon

La crise financière a inspiré au philosophe Michel Serres un petit essai dynamique. En bon historien des sciences qu’il est aussi, il plonge sous la faille boursière et dégage des causes à ce séisme. Il en dénombre six, toutes nées après la Seconde Guerre mondiale, dont les signes annonciateurs de transformations profondes sont passés trop inaperçus. L’effondrement de l’agriculture, l’accroissement de la mobilité, le vieillissement sans cesse reculé, l’explosion de la démographie, les nouvelles technologies ont, dit-il considérablement modifié notre rapport au monde et à la planète. Lassé de voir des politiques envoyés au secours de l’écologie, l’auteur du Contrat Naturel, paru il y a vingt ans, invente une sorte de gouvernance mondiale : La Biogée. Des représentants de l’air, de la mer, de l’eau, de la calotte glacière parleraient, agiraient au nom de la Terre. « Nous vivons une crise, aucun retour en arrière n’est possible, il faut donc inventer du nouveau ».

Michel Serres : Le temps des crises, Le Pommier