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Monthly Archives: novembre 2009

ContrebandeD’abord grand roman d’aventures, Contrebande raconte les équipées d’une poignée de pêcheurs à bord de La Buena Ventura. L’équipage de cette modeste goélette affronte à la fois les dangers de la mer et le péril, plus redoutable encore, de la crise des années ’30 à Cuba. Impuissants face aux ingérences économiques des États-Unis et du Mexique sur leur gagne pain, ces pêcheurs cubains sont contraints de se convertir à la contrebande. Ils profitent de la légendaire période de la prohibition pour importer frauduleusement du rhum aux USA.

Et voilà que les modestes personnages d’un roman d’aventure classique nous plongent au cœur d’une dépression économique, posent des questions sociales intemporelles, dénoncent la traite des immigrants clandestins vers le continent américain… Autant de réalités – conservant toute leur actualité aujourd’hui – que nous relate un narrateur aussi ambitieux que couard. Finalement, les contradictions de cette âme en pleine construction rendent cet antihéros plutôt attachant.

Loin du roman à thèse, Contrebande reflète son époque à la manière réaliste, dans le style rocambolesque, à la fois poétique et efficace, d’Enrique Serpa. La modernité de ce roman tiendrait donc dans sa profusion de registres de lecture : l’aventure, le réalisme engagé, l’initiation et le lyrisme.

Enrique Serpa : Contrebande, roman traduit de l’espagnol (Cuba) par Claude Fell,présenté par Eduardo Manet, Editions Zulma, 2009

Michon OnzePierre Michon est couronné par l’Académie Française pour « Les Onze » paru chez Verdier, une maison d’édition riche d’ auteurs de grande qualité, et qui vient de perdre malheureusement son fondateur.
Depuis son premier roman, « Les vies minuscules » (Folio), Pierre Michon déploie une écriture rare, exigeante, humble dans la démarche et d’une ampleur exceptionnelle. « Les Onze », s’adresse au visiteur du Louvre planté devant le tableau peint en 1794 par François-Elie Corentin, maître de David et de Tiepolo et…inventé ! Saint-Just, Robespierre, sont parmi ces Onze du Comité de Salut Public, dit de la Terreur. Pierre Michon mêle l’histoire à la fiction et brosse à son tour des portraits savoureux de ces justiciers en sursis trempés dans un idéal de sang et de boue. Le peintre, c’est bien lui, qui travaille sous une lumière de Loire, et procède par petites touches d’or et rouge, d’humour et de cruauté, avec le doigté d’un Rembrandt

Pierre Michon : Les Onze, Verdier, 2009

ndiayeGraffiti est très heureux de voir l’Académie Goncourt récompenser Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye, et à travers ce prix, un véritable écrivain. C’est en effet un grand livre qui embrasse la complexité des êtres, dans une langue apaisée mais vibrante. Ces trois femmes sont africaines, dépossédées d’une partie d’elles même par les circonstances, l’histoire, la marche du monde. Trois récits, liés entre eux par le hasard ou le destin, donnent lieu à ces portraits magnifiques, de femmes mais aussi d’hommes, tout en nuances, intelligence et poésie. Les puissants y sont faibles, les faibles y sont dignes, portés par un souffle antique. Car la violence, l’abus, la déchéance, la résignation et la révolte ont ici de la grandeur et une théâtralité qui donnent aux récits de ces femmes abandonnées, trahies, vendues, une beauté tragique. Le passé colonial, les rapports Nord-Sud, l’exil, la crise économique, la parentalité, sont en filigrane de ce roman…puissant.

Marie Ndiaye : Trois femmes puissantes, Gallimard, 2009