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Monthly Archives: juin 2009

les jours les moisLa vie est une chose précieuse qui ne devrait jamais s’éteindre : voilà ce qu’on peut retenir du dernier texte traduit de Yan Lianke.

Le propos est simple : un vieillard s’apprête à quitter son village, frappé par la sécheresse, en même temps que tous les autres habitants du lieu. Puis il se ravise : il a en effet découvert, dans son champ, une unique pousse de maïs juste éclose ; il décide de rester pour veiller sur elle.
Notre homme demeure donc seul. A tenter l’impossible : trouver de l’eau alors qu’il n’y en a pas ; boire et se nourrir lui-même, alors que les villageois ont tout emporté ; lutter contre les rats qui s’attaquent au fragile plant, ou contre d’autres bêtes beaucoup plus effrayantes qui rôdent. Et toujours, il conserve cette unique idée en tête : permettre au maïs de se développer, jusqu’à donner un fruit que le vieillard pourra ensuite replanter, etc.

La fable de Yan est belle à plusieurs titres. Elle fourmille d’inventions plus ingénieuses les unes que les autres, par lesquelles notre homme parvient à maintenir sa culture en vie. Pour cela, il se sert de son propre corps, ou des rats qui l’envahissent, mais qui deviennent au final bénéfiques. L’écriture est également riche : autour du maïs, nulle eau, mais dans tout le texte, les images convoquant l’élément liquide sont omniprésentes. Enfin, ce n’est pas un hasard si l’auteur a choisi un vieil homme pour conserver cette pousse : vie et mort s’entremêlent ainsi subtilement dans le cycle plus vaste de ce qui a précédé, et de ce qui suivra.

Ou comment, avec une apparente économie de moyens, dire beaucoup…

Yan Lianke : Les jours, les mois, les années, traduit du chinois par Brigitte Guilbaud, P. Picquier, 2009, 13€

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Saint-GermainAu moment de commémorer le cinquantenaire de la mort de Boris Vian, Bruno Le Floch nous entraîne dans un pseudo road-movie où Alexis, musicien de jazz et buveur invétéré, part à la recherche de sa fiancée Mary lassée une fois de trop par le retour à l’aube de son compagnon. Au volant de sa 203 de Paris à Dinard, , sur les routes de France des années soixante, Alexis voit des Mary partout. Toujours dans un style très épuré et des couleurs très douces, Bruno Le Floc’h rend hommage à sa manière au Saint-Germain-des-Prés de Vian et à l’insouciance d’une époque aujourd’hui disparue.

Bruno Le Floc’h, Saint-Germain, puis rouler vers l’ouest, Dargaud Long Courrier, 2009.

L'homme qui m'aimait tout basCe texte est sans nul doute le plus personnel et le plus émouvant que l’auteur de Un territoire fragile nous ai livré à ce jour puisqu’il s’agit du livre du père, et singulièrement de la mort tragique du père. Et pourtant, disons le d’emblée, Fottorino évite brillamment tous les poncifs et le pathos inhérent a ce type d’exercice, il le fait sans tricherie, avec beaucoup de sincérité, de pudeur et d’évidence. C’est là moins un livre de deuil qu’un livre d’apprivoisement de l’absence, d’apprentissage de la douleur puisque « de la mort on ne se console jamais ». Le récit est un poignant hymne à l’amour filial d’autant plus fort que l’auteur fut adopté par cet « autre » aimant, mais peu importe, tout est une question de choix. Eric Fottorino, en faisant de son père un héros de littérature, le rend magnifiquement à l’éternité.

Eric Fottorino, L’homme qui m’aimait tout bas, Gallimard, 2009.

Colline mille croixEtrange et fascinant destin que celui de Luce de Mirail. En 1460, au coeur de l’austère province du Rouergue, la guerre fait rage entre papistes et huguenots. Luce, jeune femme mariée de force au seigneur de Rocmirail, va défier telle Antigone toutes les conventions de son temps pour honorer la mémoire de son frère disparu. L’affront sera terrible pour les de Mirail et le châtiment de Luce sera à la hauteur de sa détermination. Elle devient alors un objet d’adoration pour les catholiques et la cible de mille haines pour les protestants. Des siècles plus tard, Louis Huret découvre et rend public ce que fût sa singulière histoire.

Perrissin; Renault, La Colline aux mille croix, Futuropolis, 2009.

EnduranceCe très bel album, extrêmement bien documenté nous raconte l’histoire authentique de l’explorateur Ernest Shackelton ayant tenté la très périlleuse traversée d’Est en Ouest du continent antarctique. Pour preuve, l’annonce parue en Angleterre au début de l’année 1914 est sans équivoque: « Cherche homme pour voyage incertain. Petits gages, froid rigoureux, longs mois de nuits complètes, dangers permanents, retour incertain. Honneur et reconnaissance en cas de succès ». La mission d’exploration sera un échec puisque l’Endurance sera très rapidement prise dans les glaces du Pôle Sud. L’aventurier malheureux n’aura alors de cesse de ramener son équipage vivant en Angleterre même au bout de plusieurs années. Shackleton accomplira pourtant une des plus incroyables aventures du XXe siècle.

Boidin et Bertho, Endurance, Delcourt Mirages, 2009.

Piscine MolitorLe 23 juin 1959, Boris Vian se baigne à la piscine Molitor à Paris et mourra dans quelques minutes. Depuis toujours, il est sujet à de graves problèmes cardiaques et il s’est persuadé que faire un peu de nage en apnée lui est bénéfique. Il se souvient des étapes de sa vie: les bouts-rimés avec son frère au bord de la mer, la ruine de ses parents suite à la crise boursière de 1929, sa rencontre et son amitié avec un futur prodige prénommé Yehudi, bien plus tard la création d’une pseudo-confrérie réunissant une bande de joyeux drilles, adeptes de toutes formes d’esprit se retrouvant autour d’une passion commune pour le jazz… Un bien bel hommage graphique au moment de la commémoration du cinquantenaire de la mort de l’artiste français.

Cailleaux et Bourhis, Piscine Molitor, Dupuis Aire Libre, 2009.

L'encre du passéA la façon d’un road-movie à travers le Japon médiéval, voilà une magnifique histoire d’amitié et de transmission. Môhitsu, calligraphe errant d’un village à l’autre, rencontre Atsuko, jeune fille espiègle chez qui il remarque très vite un don pour la peinture. Il décide de l’emmener avec lui à Edo pour qu’elle y fasse son apprentissage. Au cours du voyage, un lien profond se noue entre le calligraphe et la jeune peintre. Le petit prodige développera son don dans l’harmonie et Môhitsu trouvera la force de surmonter les épreuves du passé et de retrouver l’inspiration.

Maël et Bauza, L’encre du passé, Dupuis Aire Libre, 2009.

mon frere le fouSeul un fou de Bassan, qui le suit jour et nuit et lui indique les meilleures zones de pêche, est le témoin de la vie de Gael. Un jour, pendant que son rival de frère Joël succombe aux charmes d’une jolie vacancière, sa mère le convoque pour lui annoncer sa fin imminente et faire de lui seul son héritier… Les héros de cette histoire fouettée par les embruns ont un rapport profond et intime à l’océan. Les thèmes abordés (l’absence du père et les non-dits familiaux, le désamour et la jalousie) ont déjà été visité plus d’une fois mais la poésie qui émane de la narration et en particulier du dessin emportent largement l’adhésion.

Sera, Mon frère, le fou, Futuropolis, 2009.