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Monthly Archives: mai 2009

SolanaTexte réjouissant que ce premier roman de Teresa Solana !
Au départ, un secret bien gardé, puisque nos deux jumeaux (qui n’en sont pas des vrais), sont les seuls à savoir qu’ils sont frères et nés le même jour. Ils exercent de plus une profession un peu particulière : enquêteurs. Le propos du livre paraît dès lors tout trouvé : une filature, pour un homme politique barcelonais en vue qui soupçonne sa femme d’infidélité.
Mais le vrai propos du roman n’est peut-être pas là… Ce qui intéresse Solana, c’est en fait le tableau de mœurs que dessinent les jumeaux et leur entourage d’un côté, et la classe barcelonaise aisée de l’autre. Le lecteur suit ainsi au jour le jour les avancées de l’enquête, auxquelles sont habillement mêlées les affaires de famille de ces « jumeaux presque parfaits » et une part de critique sociale.
Au final, le rythme donné par la pseudo filature permet un texte sans temps mort, et d’une gaieté véritable tant ses personnages principaux sont attachants.

Teresa Solana : Des jumeaux presque parfaits, traduit de l’espagnol par Juan Vila, Actes Sud, 2009, 22€

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ZakuroVoilà le genre de petit livre qu’à peine refermé on s’empresse d’offrir. Nous sommes au Japon, au coeur d’une famille japonaise aimante, soudée, dont est pourtant absent le père. Disparu en captivité, il a été englouti par l’Histoire, sauf pour son épouse qui, confiante, l’attend toujours quarante après. Un jour, un ami du fils aîné lui dit, j’ai vu ton père… Ecrit en français par une jeune japonaise talentueuse vivant à Montréal, ce récit se déploie comme le fruit du zakuro, la grenade, arrive à maturité, tout en douceur alors même qu’il relate une tragédie. Une merveille de finesse, de pudeur, d’émotion contenue qui ne nous quittera plus.

Aki Shimazaki : Zakuro, Actes Sud, 2009.

GarnierUn couple appartenant au « troisième âge » achète une villa dans un lotissement hyper- sécurisé « senior only ». L’installation est un peu difficile car les travaux ne sont pas tout à fait terminés… Voir s’installer de nouveaux voisins est donc source d’espoir et de réjouissances. Et pourtant les choses ne sont pas si simples : l’éducation, la culture, les non-dits et les fantasmes mettront les nouveaux arrivants à rude épreuve!
Malgré la noirceur du sujet, Pascal Garnier décrit avec finesse et humour une génération qui voudrait s’offrir le bonheur en prime!

Pascal Garnier : Lune captive dans un oeil mort, Zulma, 2009,157 p, 16,50 euros.

Barnes« Je ne crois pas Dieu mais il me manque »… La soixantaine un peu sourde, Julian Barnes se penche à l’avance au dessus du trou, du caveau de famille, de la place réservée qui l’attend. Rien à craindre! C’est vite dit… Julian Barnes nous convoque auprès du feu, à côté de Flaubert, Jules Renard, ses maîtres, et disserte sur sa peur de la mort, sur ses parades, ses lectures, ses souvenirs de famille hilarants. Entre trouille bleue et rire jaune, lectures savantes et fanfaronnades, ce livre ne nous épargne guère, nous lecteurs. Et si on allait l’oublier avant sa mort, ou pire après. « Salaud de lecteur! » C’est nous qui le pousserions dans le trou? Grave, délicieux, paranoïaque, ce journal de bord d’un athée qui le regrette est un merveilleux compagnon de route pour insomniaques guettant l’ombre sur le mur, le souffle de l’au-delà, les signes avant coureurs de…Tu dors?

Julian Barnes : Rien à craindre, merveilleusement traduit par Jean-Pierre Aoustin, Mercure de France, 2009, 302p, 23€

GrimbertParc Monceau, deux enfants jouent, ils ont trois ans et d’emblée un pacte se lie entre eux. Désormais se sera à la vie à la mort. « Le premier qui passe de l’autre côté fait signe à l’autre ». Les enfants grandissent, partagent une passion pour la BD, le cinéma, le Père Lachaise, les filles. Quelque chose est là pourtant, dès le début, qui sème le doute dans cette amitié sans tache. Sans tache ? Les coups de canif au contrat auraient dû être insignifiants, si… Philippe Grimbert sonde en mode majeur, les failles et dérapages mineurs. Avec la patience du psychanalyste, il met en lumière, par petites touches, le trouble adolescent, les blessures, la solitude de garçons brillants, sensibles, montés en graine dans des appartements parisiens trop grands, trop vides. Un roman bouleversant, sobre, juste, qui à à coup sûr deviendra un classique.

Philippe Grimbert : La mauvaise rencontre, Grasset, 2009, 213p.

Mazzieri« Certaines œuvres prennent du temps à germer et grimper la chaîne du temps et de l’espace qui leur permet de faire cohabiter le possible avec l’impossible, l’imaginaire et le réel. Enfin, de faire de la littérature, avec tout ce que cet art porte de contradictions en lui, à la fois fouillis taillé de références, épure de fresques humaines intarissables, drames communs auxquels le style et la langue donnent une vie nouvelle, inquiétante. Ce sont ces livres qui donnent envie de lire, et offrent au critique la chance de sentir qu’il fait autre chose que de juger de la couleur des saucisses.« (Maxime Cattelier)
Le Discours sur la tombe de l’idiot est une de ces œuvres ! Tout commence comme un roman policier, mais on connait les coupables : le maire d’un village paisible et son adjoint tuent l’idiot du village et le jettent dans un puits. Un climat malsain s’installe dans le village et le soupçon se dirige vers un ouvrier saisonnier : « l’étranger ». Le propos de ce récit s’attache à la force de la culpabilité, de la rumeur, du soupçon, et est mené de main de maître ; sa fin énigmatique permet au lecteur de rester habité par le village de l’idiot!

Julie Mazzieri : Le discours de la tombe de l’idiot, José Corti, 2008, 246p, 17€

HenrardPeu avant sa mort, Jacques Henrard a eu le bonheur d’apprendre que son dernier livre allait être publié. Il s’agit de son testament spirituel, d’un retour sur ce que furent sa vie, sa foi, et sa longue errance dans le doute. Hostile et méfiant face à tout dogmatisme, il pose les questions essentielles que se pose l’homme, questions qu’il laisse toujours ouvertes; le récit s’adresse donc à tous, croyants ou non, porté par le souffle de la vie, le silence, la lumière; l’écriture est imagée, faite de mots simples, légers, fraternels, au raz des choses, à genoux et en toute humilité.

Jacques Henrard : Le marcheur à genoux, Age d’homme, collection « La petite Belgique », 2008, 106p, 15€

KyleCe roman passionnant se déroule dans un ranch plutôt minable… Le père tente difficilement de faire survivre sa famille en profitant de la naïveté des amateurs d’équitation; la mère est alitée depuis la naissance de sa deuxième fille; l’aînée s’est sauvée avec un cow-boy…
Un milieu triste et qui pourrait être désespérant… et pourtant Alice y grandit avec intelligence, passion et finesse!

Aryn Kyle : Le dieu des animaux, Gallimard 2009, traduit de l’américain par Anne-Laure Tissut, 415p, 25€