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Monthly Archives: avril 2009

audeguyLe premier roman de Audeguy, La Théorie des nuages, était déjà une belle lecture. Les personnages de ce texte passaient en effet la plupart de leur temps la tête en l’air, essayant d’ordonner les éléments météorologiques, avant qu’un voyage surprenant ne les détourne de leur tâche initiale. Et au bout pas de théorie mais une découverte surprenante…
Nous autres propose un autre voyage, africain cette fois, dans lequel le personnage principal se trouve entraîné malgré lui. Ce dernier ignore tout de l’Afrique, et c’est donc à une découverte du continent que le lecteur est convié. Afrique d’aujourd’hui, mais aussi Afrique d’hier à travers ces « autres » qui sont les vrais narrateurs du récit. Les autres sont tous ceux qui ont disparu, les ancêtres, ceux qui ont construit la voie de chemin de fer le long de laquelle se déploie le texte. Et quel texte ! Les chapitres, quelques pages le plus souvent, succèdent aux chapitres tant on est pris par la poésie de l’écriture, et par le regard plein de chaleur qu’Audeguy pose sur ses protagonistes.
Il faut lire Nous autres.

Stéphane Audeguy : Nous autres, Gallimard, 17,50 euros

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carrere1Ce n’est pas un roman. Le narrateur est l’auteur, Emmanuel Carrère. Témoin, en peu de temps, de deux disparitions, une petite Juliette lors du tsunami au Sri Lanka, et une autre Juliette, sa belle-sœur, morte d’un cancer à 33 ans. Deux événements terrifiants, la mort d’une enfant, la mort d’une jeune femme. Emmanuel Carrère est écrivain, il est connu, entre autres, pour ses livres basés sur le « réel », L’adversaire qui racontait la vie de Jean-Claude Romand, Un roman russe qui dévoilait une histoire familiale. C’est à ce titre qu’il lui est demandé, par leurs proches, d’écrire la vie et la mort de ces deux êtres qui par hasard portent le même prénom, Juliette. L’une est une fillette morte en pleine innocence. L’autre est une femme adulte, épouse, mère de trois petits enfants, juge d’instance au tribunal de Vienne. Et rescapée d’un premier cancer, comme son collègue Etienne, très présent tout au long du livre. Tous deux ils auront été « de grands juges ».
Ce n’est pas un roman. Mais ce n’est pas un simple récit de vies. C’est de la littérature à l’état pur, qui parle de vie, de mort, d’amour, de compassion, avec un titre superbe et explicite, qui nous rappelle d’aimer ceux qui nous entourent, d’autres vies que les nôtres. Un livre sur l’humanité qui nous habite, avec son lot de tristesse à pleurer, mais aussi, comme l’a dit Jérôme Garcin dans Le Nouvel Observateur, « un livre sur le bonheur arraché au désespoir ». Un livre magnifique.

Emmanuel Carrère : D’autres vies que la mienne, Editions P.O.L, 309p, €19,50.

vielparisbrestLouis le narrateur revient à Brest après plusieurs années d’absence, avec dans sa valise un roman familial dans lequel il ne déguise rien de ceux qu’il n’a pas choisis, comme si la fiction pouvait mettre à jour une réalité trop longtemps silencieuse. Tanguy Viel tisse avec brio les fils d’une histoire faite d’hypocrisies à peine voilées et de hontes tues: un père éclaboussé par un scandale financier, une mère peu aimante qui tente par tous les moyens de sauver les apparences, l’exil et la déchéance, l’héritage miraculeux de la grand-mère au soir de sa vie, sans oublier le fils Kermeur, un copain d’enfance dont la fréquentation fera vaciller ce fragile agencement. Un roman gigogne à la maîtrise narrative saisissante par l’un des auteurs les plus doués de sa génération.

Tanguy Viel, Paris-Brest, Editions de Minuit, 2009.