Skip navigation

Monthly Archives: mars 2009

maaloufdereglementFarouche défenseur des Lumières, Amin Maalouf dresse le constat de tous les manquements que ce siècle accumule au nom du progrès, de la démocratie, de la justice sociale. Désastres écologiques, guerres « civilisatrices », nationalismes, dictatures… Dans Les Identités meurtrières, Maalouf, le Libanais, de souche arabe mais chrétien, d’expression française et vivant en Bretagne, démontrait déjà l’absurdité du repli identitaire. Ne sommes-nous pas tous multiples ?
Très pessimiste quant à l’avenir de l’humanité, Le dérèglement du monde revient sur les origines historiques de la montée de l’incompréhension entre le Moyen-Orient et le monde occidental. Zéro partout, torts partagés, compte l’arbitre. Manque d’éthique d’un côté, esprit colonial de l’autre, ont abouti à une crispation des préjugés, et sont en passe de se cristalliser en haine de l’autre. Face à cette impasse explosive, Amin Maalouf plaide pour une refondation de nos valeurs communes, une invention d’autres rapports culturels, spirituels, ouverts à l’autre mais aussi à une réelle politique d’immigration, faite de droits et de devoirs. Il met en garde l’Europe contre sa cécité, sa frilosité comme dirait Elie Barnavi, et l’enjoint à retrouver son rôle de phare intellectuel. Faute de quoi, les « identités meurtries se feront meurtrières ».

Amin Maalouf : Le dérèglement du monde, essai, Grasset, 317p.

Publicités

cyrulniksouviensPendant soixante-quatre ans, Boris Cyrulnik a tu, s’est tu à lui-même, son histoire d’orphelin de guerre, d’enfant caché puis placé en familles d’accueil. Il avait six ans lorsque la police française- et non la Gestapo- est venue arrêter sa mère.
Un ami l’emmène sur la traces de son passé, et Cyrulnik se souvient. Le plus extraordinaire n’est pas le récit de cet enfant sauvé mais le pourquoi il a été sauvé. C’est que, sans le savoir, le petit Boris fait déjà de la résilience, de la résistance. Espiègle, rebelle mais créatif, son instinct de survie lui permet d’enjamber le malheur, de se dire « ils ne m’auront jamais. » A l’évocation de son étonnant parcours, ce n’est pas l’émotion qui lui monte aux lèvres mais des images, des mots, des détails captés par un regard d’enfant et auquel il s’est arrimé pour se construire. Un grand petit livre.

Boris Cyrulnik : Je me souviens, L’esprit du Temps, €9.50.

benni1C’est à juste titre que Stefano Benni a sous-titré son livre Histoires de solitude et d’allégresse. Car dans ces nouvelles, le propos est tout sauf triste. Si le point de départ est bien cet isolement que chacun peut connaître, et qui donne ici une cohérence remarquable au recueil, l’auteur ne s’y limite pas. Il joue au contraire à transformer ces solitudes, passant d’un registre à un autre (ce qui est également une force de ce volume), et mêle ainsi rires, émotion et absurde. On lira avec un serment de coeur Alice, on s’étonnera de la nouvelle intitulée Les larmes, et on trouvera ridicule cet homme qui, grâce au GSM, n’est plus jamais seul. Un de mes récits préférés est peut-être Soupir, itinéraire d’un petit voleur solitaire qui finit par s’attacher aux maisons qu’il cambriole, aux ambiances et aux habitants qui les peuplent, jusqu’à prendre des risques, et davantage…
Les deux pêcheurs, autre histoire, clôt opportunément ce livre attachant, en laissant une dernière impression mystérieuse.
BC
Stefano Benni : La Grammaire de Dieu, nouvelles traduites de l’italien par Marguerite Pozzoli, Actes Sud, 259p, €21,80.