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Monthly Archives: février 2009

pluiecoeRompant avec sa veine satirique, Jonathan Coe (Testament à l’anglaise, La maison du sommeil…) donne un roman d’une extrême sensibilité. Quatre générations de femmes défilent dans le récit que Rosamund enregistre pour Imogen. C’est que sa vie a croisé la destinée de la mère d’Imogen, de sa grand-mère et de son arrière-grand-mère. Toutes mal-aimées et mal-aimantes ont transmis la haine de soi à la génération suivante. Le désastre a eu lieu dans l’enfance ; un mot, un geste ont fait basculer la vie de chacune. Comme dans Lignes de Faille de Nancy Huston, Jonathan Coe remonte très finement le cours de ces vies jusqu’à leur point de rupture.

Jonathan Coe : La pluie avant qu’elle tombe, traduit de l’anglais par Jamila et Serge Chauvin, Gallimard, 2009, 248p, €19,50.

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musicophiliaLe neurologue Oliver Sacks, auteur entre autres de « L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau », revient avec cet ouvrage sur les arcanes  du cerveau, sur la mémoire du corps par le biais de l’étrange langage de la musique. Se basant sur ses observations cliniques et le vécu de ses patients, il explore notre dimension musicale,  excentrée, inventée, non prévue par la nature, que l’homme seul a pu développer au même titre que l’art, l’humour, la conscience. Amnésiques devenus virtuoses, épileptiques ultra sensibles à certaines mélodies, handicapés mentaux mélomanes, musicologues soudain incapables de lire une partition sont au cœur de ce livre fascinant qui touche à la fois à la science qui tente d’expliquer et au mystère…

Oliver Sacks : Musicophilia : la musique, le cerveau et nous, traduit de l’anglais par Christian Cler, Seuil, 2009, 478p, €25

bennettInitiée à la lecture par un cuistot de Windsor, la Reine Elisabeth se met enfin à dévorer les livres au grand dam du protocole. Délaissant les bibliothèques de ses châteaux, elle les emprunte au bibliobus de la commune de Windsor. Cocasse, irrévérencieux, ce court roman du dramaturge et romancier Alan Bennett imagine la Reine d’Angleterre demandant à un Président Sarkozy paniqué, « aimez-vous Jean Genet ? » Les dialogues piquants et l’incongruité de cette histoire fort peu royalement correcte, quoique…, se savoure comme un muffin aux myrtilles.

Alan Bennett : La reine des lectrices, traduit de l’anglais par Pierre Ménard, Denoël, 2009, 173p, €12.

magris2Claudio Magris actualise le mythe d’Orphée et Eurydice sous une forme des plus réjouissantes. Un auteur à succès obtient une dérogation spéciale pour aller rechercher son aimée aux Enfers. Mais a-t-elle réellement envie de retrouver la vie bruyante, les petites compromissions, les manies de son mari ? Et lui, quelle est sa motivation, récupérer sa Muse ou celle qui lui lavait ses chaussettes et corrigeait ses textes ? Ce monologue d’Eurydice au « Président de la Grande Maison » des morts est une radioscopie du couple d’une amoureuse férocité.

Claudio Magris : Vous comprendrez donc, traduit de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastoureau,Gallimard L’Arpenteur, 2008, 54p, €7,90

Das Kapital Les amateurs d’Amérique se réjouiront. Les remarquables Editions Gallmeister qui se consacrent à la littérature de l’Ouest américain, ajoutent à leurs deux collections déjà existantes (« Nature writing » et « Noire »), une nouvelle série d’ouvrages sous le label « Americana », consacré à la « littérature de contestation et de critique du rêve américain« .
Le premier titre vient de paraître, « Das Kapital », et il est explicite : c’est une satire du capitalisme financier, triomphant jusqu’il y a peu, et un peu moins aujourd’hui. Le roman s’articule autour de trois personnages : Wayne, trader cynique qui parie sur les crises et les catastrophes pour réaliser ses gains ; le Corse, qui depuis son île fomente des attentats pour le compte du premier ; et Alix, étudiante en architecture marseillaise, qui va de l’un à l’autre. On peut imaginer comment l’histoire se terminera…
Berberian se nourrit avec humour (et approximation) de la pensée des situationnistes français, et son style se fait parfois inutilement alambiqué. Mais avec ce titre, « a novel of love and money markets« , c’est l’autre Amérique qui apparaît, celle qu’on aime.

Tant qu’on y est, rappelons ce titre paru en fin d’année chez le même éditeur, et que nous avons particulièrement aimé, L’homme qui marchait sur la lune.

Viken Berberian : Das Kapital, roman traduit de l’américain par Claro, Gallmeisetr, Paris, 192p.

vents-contrairesComment rester debout face à l’absence ? Pour ne pas sombrer davantage, Paul Anderen, le héros du sixième roman d’Olivier Adam (« Je vais bien ne t’en fais pas »), quitte la banlieue parisienne et s’installe à Saint-Malo, sa ville natale, avec ses deux enfants Manon et Clément . Sa femme Sarah a disparu il y a un an, sans un mot d’explication. Nul ne sait ce qu’elle est devenue, ni même si elle est encore en vie. Pour tenter de faire face à cette absence abyssale, Paul revient sur les lieux de son enfance.
Avec un sens aigu du romanesque, Adam touche au plus juste. Ses personnages, écorchés par la vie, se reconnaissent sans se juger. Ces êtres au bord de la rupture se rapprochent, se serrent et s’étreignent pour s’insuffler un peu de chaleur ou d’amour. Ils sont comme ces maisons de bords de mer, serrées les unes contre les autres, « poussées à l’eau par le pays tout entier, suspendues juste ¬¬au-dessus, en lisière, marginales et fragiles, menacées mais debout ». L’émotion est à fleur de pages tout au long de ce roman solaire et l’on ne peut être que bouleversé par la force du lien qui unit ce père et ses enfants.

Olivier Adam : Des vents contraires« , L’Olivier, 2009, 255p.