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Monthly Archives: septembre 2008

Les grands écrivains sont souvent confrontés à leur processus de création. Les frontières entre la fiction et ce qu’on appelle étrangement le réel s’estompent, c’est vrai aussi pour le lecteur, et en finale chacun s’interroge sur sa propre identité. Le personnage central de ce livre est précisément un écrivain, victime d’amnésie après un accident de la route. Désireux, on s’en doute, de se retrouver, il n’a pour indice que cette phrase, la dernière qu’il a dite ou écrite avant de perdre la mémoire :Je suis tombé amoureux d’une femme inconnue. A partir de là, l’auteur s’amuse avec le lecteur, il sème des indices, brouille les pistes, et dans un jeu d’érudition habituelle chez lui pose quelques questions intéressantes. Ce livre, paru déjà en 2000 en Espagne, n’est sans doute pas le plus important de Somoza. Mais à l’image de ce que d’autres ont fait avant lui, ce chassé-croisé entre la littérature et la vie est plus qu’un divertissement. L’écrivain fait une pause, il se regarde, il s’écrit.

José Carlos Somoza : Daphné disparue, traduit de l’espagnol par Martine Millon, Actes Sud, 218p, 19€

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Une femme veille son homme, inconscient, gravement blessé par une balle fichée dans sa nuque. Cela se passe en Afghanistan ou ailleurs, le pays est en guerre, le bruit des armes est incessant. La femme parle à cet homme qui fut son mari, mais si peu son compagnon. Et ses paroles, au rythme du souffle de l’homme, deviennent un long monologue, où elle dit toute sa souffrance de femme musulmane, face au poids des traditions, face à l’intégrisme. C’est l’audace qui peu à peu l’envahit, et elle livrera tous les secrets d’une vie trop contrainte, se libérant par les mots, transformant le corps du blessé en « pierre de patience », pierre magique que dans la tradition persane on pose devant soi pour y déverser toutes ses misères. C’est le syngué sabour, qui finit par éclater. Et par délivrer celui qui s’est confié.
Atiq Rahimi vit depuis plus de vingt ans en France, où il travaille comme cinéaste. En 2001, il a mis en scène un de ses précédents livres, le très beau Terre et cendres (Editions POL et Folio). Son écriture est elle-même cinématographique, faite de scènes et de phrases courtes, haletantes, toutes de tension maitrisée.
Prix Goncourt 2008

Atiq Rahimi : Syngué sabour, Editions P.O.L, 155p, 15€.