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Monthly Archives: septembre 2007

Une demeure familiale dans le Cotentin, cinq frères et sœurs qui s’y retrouvent à l’occasion d’un mariage, peu de temps après la mort du père, disparu en mer… Maison, famille, et leurs secrets jamais tout à fait dévoilés, voici à nouveau le décor où se déploie le talent littéraire de François Emmanuel. Dans un style qui est un vrai bonheur, et de nos jours une rareté, comme un fil tendu auquel on est suspendu et dont on craint qu’il se rompe, ce roman musical fait alterner les voix et les monologues des membres de la fratrie Fougeray. Toutes les familles se ressemblent sans doute, et chacune porte en elle un côté sombre. Seul, ou presque, l’écrivain peut ainsi le mettre au jour.

François Emmanuel
Regarde la vague
Editions du Seuil

Encore une histoire de famille, dira-t-on, celle d’une famille ardennaise dont les fils, des jumeaux, vont tenter de s’émanciper, tant bien que mal. L’un d’eux d’ailleurs n’est pas simple, et son rapport aux femmes est chaotique. Les femmes elles-mêmes occupent une place étrange dans ce récit, où certaines d’entre elles, parmi les personnages centraux, frisent la folie. La clé du livre est peut-être là, ainsi que celle du rythme effréné qu’y met l’auteur. Les événements s’y déroulent tambour battant, comme s’il fallait échapper à quelque chose, cette folie peut-être… On aimera, ou pas, mais ce livre frappe par son ton si particulier. Pour nous, c’est ce qui en fait le charme.

Francis Dannemark
Le grand jardin
Robert Laffont

Le bonheur de lire, c’est d’abord le style, et l’infime écart entre ce style et l’histoire qu’il incarne. On n’écrit pas de la science-fiction dans du Flaubert, pas plus que dans du Diane Meur on ne trouve de récit sur les banlieues. C’est dire que dans la veine de son premier livre, éblouissant (La vie de Mardochée de Löwenfels), Diane Meur nous raconte une vraie et longue histoire de famille, au centre de l’Europe, entre le 19e siècle et la première guerre mondiale, dans le style qui lui sied, classique et chatoyant. Une famille tente de faire revivre un domaine au cœur de la campagne de Galicie, alors qu’autour d’elle le monde passe de révolutions en guerres d’indépendance. C’est la maison elle-même qui est la narratrice de l’histoire, et qui dresse les portraits de ses habitants successifs, dont de beaux portraits de femmes, écartées entre les traditions et le désir d’échapper au destin qu’on veut leur faire suivre.

Diane Meur
Les vivants et les ombres
Sabine Wespieser Editeur

Une petite merveille découverte grâce aux conseils épatants d’un fidèle client, lecteur attentif. Ce jardin clos en bord de Marne est au roman ce que l’École des Femmes est au théâtre. Un homme vieillissant soustrait au monde, avec son consentement, une jeune femme. Ensemble, ils cultivent l’amour à la française, comme on dirait d’un jardin. D’ailleurs, ne s’appelle-t’elle pas Equilibre ? Ils ne font que savourer l’instant, l’amour, les changements de saisons sur le jardin. Mais peut-on se mettre ainsi hors du monde, vivre hors du temps, des normes et des passions ordinaires ? Fasciné par l’immobilité des modèles du Titien et de Delvaux, le narrateur revient sur cette tentation de la permanence, de l’être en soi, et ses paradoxes. Car bien évidemment, un intrus séduisant et une redoutable cuisinière, viendront gripper l’ordonnance… Une oeuvre posthume de Undine Gruenter, auteur allemand de premier ordre.

Le jardin clos
Undine Gruenter
Quidam éditeur

Alessandro Baricco se fait plaisir et nous fait plaisir. Il se fiche bien des règles du succès -il les connaît trop bien- et du récit. Il va son chemin. Celui-ci le conduit sur la route d’Ultimo, fils de paysan italien, devenu garagiste. Cette histoire-là démarre sur les chapeaux de roues ; les répliques, les personnages ont la saveur de ceux que l’on croise chez Garcia Marquez. Et puis le récit s’arrête net. Le lecteur se retrouve propulsé une vingtaine d’années plus tard, en pleine guerre 14-18 sans trop comprendre ce qui se passe, puis cinq ans plus tard aux Etats-Unis sur les routes. L’histoire est étrangement belle, sinueuse et harmonieuse à la fois. Alessandro Baricco, qui est aussi philosophe et musicologue, suit du doigt les tours et détours d’une vie, il s’interroge sur le moteur de l’existence, pour rester dans la métaphore automobile, la puissance du rêve comme carburant et, au fond, la finalité des choses.

Alessandro Baricco
Cette histoire-là
Gallimard


Remarqué par la critique dès son premier roman, couronné du Prix Jean Muno, Grégoire Polet reprend ici la même facture narrative que dans Madrid ne dort pas. Ce n’est plus une nuit mais une semaine qui fait l’unité de temps, et c’est la Place Saint-Sulpice à Paris qui fait le lieu. Autour de cette place et durant une semaine, une vingtaine de personnages vont se croiser, s’ignorer, se rencontrer, s’aimer. La virtuosité du romancier est totale, sa maturité l’est tout autant. On a beaucoup de plaisir à voir ces vies se dérouler sous nos yeux, et on ne peut s’empêcher de penser que, tout compte fait, nous vivons tous ainsi, proches et lointains aux yeux des autres, dérisoires et pourtant uniques. Comme peut l’être une œuvre d’art, un thème au cœur de ce roman très réussi.

Grégoire Polet
Leurs vies éclatantes
Gallimard

Le premier roman de Charly Delwart, est brillamment construit, étonnant. Son personnage, un jeune cadre de trente ans est licencié, et il souhaite mettre ce temps à profit pour lire, écouter des conférences, se remettre en question, hors du monde. Mais le monde de l’entreprise va le rattraper fortuitement ; un jour il entre par hasard dans un bureau vide, pour téléphoner à l’aise. Et ce bureau va devenir le sien par la méprise d’une collègue qui le prend pour le nouvel arrivant. Le lieu, crée la fonction et voilà Darius forcé jour après jour de s’inventer une activité professionnelle qui va le mener presque au sommet de la réussite. Mais était-ce là son rêve profond ?

Charly Delwart
Circuit
Editions du Seuil