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Monthly Archives: juin 2007

Loin des clichés mielleux, l’auteur culte de « Génération X » nous livre ici sa vision de la réunion de famille. Sorte de feux d’artifices déjanté, road movie sous acide, galerie de personnages improbables, explosion comique aux accents visionnaires « Toutes les familles sont psychotiques » narre les invraisemblables et ô combien comiques tribulations de la famille Drummond. Exceptionnellement réunis en FLoride pour la mise en orbite de la petite dernière, Sarah, petit prodige manchot devenu astronaute, Ted, Janet et leurs enfants Bryan, Wade et Sarah prennent un malin plaisir à laisser s’exprimer leur folie congénitale.
Arnaqueur de seconde zone, Wade est atteint du sida, qu’il a transmis à sa mère par accident le jour où Ted lui a tiré dessus pour avoir couché avec Nickie, ignorant qu’il s’agissait de sa belle-mère ! Son frère Bryan, suicidaire multirécidiviste, est quant à lui au désespoir face à sa petite amie au prénom imprononçable qui désire revendre leur bébé à venir à un couple riche et stérile. Quant à Sarah, sous ses dehors de fille bien comme il faut, elle entretient une liaison avec son commandant de navette avec qui elle projette de concevoir en gravité zéro. Et ce n’est qu’un début… Tout part en vrille dans un bel exemple de la loi de Murphy : « S’il y a plus d’une façon de faire quelque chose, et que l’une d’elles conduit à un désastre, alors il y aura quelqu’un pour le faire de cette façon.» et ce quelqu’un, chez Coupland, est forcément un Drummond. Caustique, rythmé, absurde et hilarant !

Douglas Coupland
Toutes les familles sont psychotiques
10/18

Plongée vertigineuse dans le New-York des années 80, « Trente ans et des poussières » explore le monde dans lequel évoluent Russel, un éditeur en vogue, et Corrine, son épouse courtière en bourse.
Couple branché des eighties triomphants, modèle du genre mariant l’art et l’argent, presque sages au sortir de la jeunesse. Loin, très loin des années 70 et de ses excès : « Quand je pense que je passais des nuits blanches, rien que pour m’amuser », se souvient un des protagonistes. Tandis qu’un autre lui rétorque « C’est plus amusant quand c’est pour le fric ! » Reagan et le dieu Dow Jones ont pris le pouvoir. Roman d’une génération,  » Ces nouveaux venus, ces gosses, la classe quatre-vingt, (…) des opportunistes qui n’avaient ni le sens de l’histoire ni le respect des institutions (…) des gosses en bretelles prêts à ouvrir le feu sur quiconque se dressait entre eux et leurs désirs du moment ». Au fil des brefs chapitres et des quelques cinq cents pages qui constituent le roman, cette chronique se déroule avec style et grande maîtrise en suscitant un véritable plaisir de lecture, plein de l’affection que nous fait ressentir l’auteur pour Russel et Corinne, créatures ambiguës, tout à la fois odieuses et attachantes, mues par de nouvelles certitudes et pourtant agitées par le doute.

Jay McInerney
Trente ans et des poussières
Points

pour info, les éditions de l’Olivier viennent de publier, du même auteur, « La belle vie » où l’on retrouve quinze ans plus tard Russell et Corrine.

Présentation de l’éditeur :
« Nous sommes le 10 septembre 2001. Dans quelques heures, le monde va basculer dans l’horreur. Cette horreur, Jay McInerney se garde bien de nous la montrer. Ce livre n’est pas le roman du 11-Septembre. Il nous parle de ce qui se passe après, quand l’onde de choc de l’attentat du World Trade Center vient percuter des millions d’existences. Une étrange atmosphère se répand, mélange de chaos et de responsabilité collective, d’angoisse et d’euphorie. L’impossible est devenu possible. Désormais, tout peut arriver. Corrine fait du bénévolat sur le site de Ground Zero. Elle y rencontre Luke. C’est le début d’une passion qui, elle aussi, va tout balayer sur son passage. Dans cette ville qui ne ressemble plus à rien, sinon, peut-être, au Londres de La Fin d’une liaison, ils cachent leurs amours clandestines, au point d’oublier ce qui les entoure : le fric, le toc et le chic du milieu auquel ils appartiennent, l’érosion des sentiments, le poids des habitudes. Jusqu’au moment où… On retrouve dans ce livre tout ce qui a fait de Jay McInerney un des écrivains les plus brillants de sa génération : l’humour, la légèreté, l’élégance, et cet art de croquer avec férocité la comédie sociale, à une époque où tout le monde rêve de devenir riche et célèbre. Avec, en plus, une touche de gravité, un zeste de mélancolie qui donnent à ce roman magnifique une couleur plus sombre, à laquelle Jay McInerney ne nous avait pas habitués. »

En poche aux éditions de l’Aube, un recueil de nouvelles écrit en français par une auteur que nous apprécions beaucoup (Riz noir, Rapaces, etc.). Dans ce premier livre, Anna Moï, par le biais de récits centrés autour de sa passion, la musique, communique avec souffle et simplicité sa vision tragi-comique du Vietnam actuel, en particulier le sud du pays et sa capitale Saïgon où elle est née avant de partir vivre au Japon et en France pour y revenir en 1992 et y débuter sa carrière littéraire. « Si je pose la tête sur son épaule, en fermant les yeux, tous les éléments rouges reviennent : sable, pierre, terre »
Ainsi va l’écriture intimiste d’Anna Moï : un vrai talent pour l’évocation.

Anna Moï
L’écho des rizières
Aube Poche

Lieve Joris
Un étonnant roman document sur les événements de ces dix dernières années au Congo. A travers le personnage d’Assani, enfant des hauts-plateaux de l’Est du pays, c’est toute la genèse de la guerre qui, depuis le génocide rwandais en 1994, jusqu’à l’élection présidentielle congolaise de 2006, a déchiré le pays et provoqué des millions de morts. Assani est de ces hommes intègres transformés en bourreaux, que les tribulations de l’histoire ont empêché de vivre une vie ordinaire. Devenu officier supérieur, d’abord de la rébellion, ensuite de l’armée gouvernementale, il voit son pays s’enfoncer dans la douleur et le chaos. Un pays dont on ne sait s’il connaîtra jamais une rémission.
Connue comme « écrivain-voyageuse », Lieve Joris, d’origine belge, vit aujourd’hui à Amsterdam. L’Afrique est son domaine, littérairement parlant. Elle emploie ici la forme romanesque pour raconter le Congo. Mieux qu’un livre d’histoire, c’est l’histoire d’un homme au coeur d’une Afrique outragée et qui n’en finit pas de se déchirer.

    L’heure des rebelles, de Lieve Joris, Actes Sud, traduit du néerlandais par Marie Hooghe