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Monthly Archives: avril 2006

Dans les années 20, un petit village de Gaspésie vit au rythme du magasin général, centre névralgique où se concentre toute l’activité du lieu. Quand son époux et gérant de l’établissement trépasse, Marie se demande si elle aura la force et le courage de s’occuper seule du magasin. C’est sans compter sur la grande solidarité et la franche amitié qui unit les héros hauts en couleurs de ces bucoliques aventures. Le graphisme à quatre mains est remarquable et les textes sont goulayants à souhait ! Tabernacle !

Loisel & Tripp
Magasin général t.1 Marie
Casterman

Larcenet nous revient avec un magnifique troisième opus, toujours aussi désopilant et, c’est plus inattendu, très émouvant. Le héros de ces aventures ordinaires cette fois, en plus d’être confronté au désir de maternité quasi obsessionnel de sa compagne, doit faire face à la perte de son père avec lequel il a toujours eu, disons, des relations mouvementées. Courez-y, les oeuvres conjuguant avec autant de justesse l’humour et l’émotion ne sont pas légion.

Manu Larcenet
Le combat ordinaire t.3
Dargaud

Cerné par la violence, la laideur, le plus français des Chinois, François Cheng s’arrête un instant à la phrase de Dostoïevski : « La beauté sauvera-t-elle le monde ? » Imprégné d’une double culture, l’académicien fait dialoguer les contraires pour retrouver la dynamique du yin et du yang. Sous sa plume, méditation et raison, corps et esprit, souffle, rythme, vide et plein se répondent. Basées sur son expérience, sur ses émotions personnelles face à la Nature ou à l’Art, ces méditations sont une invitation à s’ouvrir en grand au monde tel qu’il est, non à s’en extraire.

François Cheng
Cinq méditations sur la beauté
Albin Michel

L’impertinence n’a pas d’âge. L’iconoclaste auteur d’ Abattoir 5 (récit du bombardement de Dresde en 45 vécu en tant que prisonnier de guerre), cultive à quatre-vingt trois ans les vertus de l’humour et de l’insolence. Alors que les grands de ce monde se prennent les pieds dans le tapis de discours à doubles fonds, Kurt Vonnegut crie sus aux mensonges. Ecoeuré de voir son Amérique, celle de Lincoln et Mark Twain, livrée à des marchands de pétrole et de guerres exportables, il livre sous forme de pamphlet sa foi en la poésie, l’humanisme, les vertus de l’intelligence et de la sensibilité. Denrées en sursis. Morceau choisi : « Notre Constitution présente un défaut tragique et je ne sais pas ce qui peut être fait pour le réparer : seuls les dingues ont envie d’être président. » Revigorant, isn’t it ?

Kurt Vonnegut
Un homme sans patrie
Denoël

« Après la mort de Dieu, après l’effondrement des utopies, sur quel socle intellectuel et moral voulons-nous bâtir notre vie commune ? ». Elevé sous l’ère communiste, le Bulgare Tzetan Todorov s’est choisi la France des Lumières pour patrie et l’Europe pour idéal. Ce petit essai aux grandes vertus, invite à relire Rousseau, Tocqueville et d’autres pour refonder nos sociétés sur le contrat social, l’idéal humaniste mais plus encore pour innover une nouvelle attitude à l’égard du monde. Universaliste, Todorov se méfie des idéologies et des révolutions, fussent-elles généreuses, et plaide pour un XXIème siècle vertueux, au sens où l’entendait Montaigne, qui mettrait au centre de ses préoccupations, l’individu éclairé, sociable, fraternel, et respectueux de l’humanité.

Tzetan Todorov
L’esprit des Lumières
Robert Laffont

Pléthore de parutions à l’occasion de l’exposition Bonnard au Musée d’art moderne de Paris. Outre le catalogue – également disponible en anglais – et la monographie parue chez Phaidon, on dénombre un ravissant coffret de trois carnets de croquis et quelques essais (Ed. Ides et Calendes).

Contemporain de l’impressionisme mais déjà fauve, Pierre Bonnard est un maître ès liberté de la couleur. D’un sujet banal, une coupe de fruits, une nappe, un jardin ou Marthe au bain, il fait un feu d’artifice de chauds et de froids.

L’essai de Rémi Labrusse, « Bonnard quand il dessine » (L’Echoppe), entre subtilement au plus près, dans l’émotion de Bonnard devant ce qu’il voit : ça vibre, ça chante. Plus étrange, le « Bonnard » de Jean Clair (Hazan), tire le peintre vers. Munch et Giacometti. Passionnant et très documenté, pour peu qu’on fasse l’impasse sur le jargon de spécialiste, « La stratégie de Bonnard » de Georges Roque (Gallimard), emprunte beaucoup aux propos de Bonnard. Il nous initie à la composition, la lumière, la couleur en partant du point de vue du peintre lui-même.