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Monthly Archives: juin 2005

Anna Heynes croit devenir folle. Elle ne reconnaît plus les visages censés lui être familiers et commence à douter de son entourage. Parallèlement, un jeune policier ambitieux, Paul Nerteaux commence à enquêter sur une série de meurtres horribles perpétrés sur des ouvrières clandestines turques. Pour l’aider, il fait appel à un ancien flic, Jean-Louis Schiffer, surnommé le Fer et le Chiffre. Ce dernier a ses entrées partout dans le quartier turc de Paris et aide Paul à trouver la vérité.
On découvre avec l’auteur les bas-fonds de la « Petite Turquie » à Paris ainsi que les hautes sphères de l’armée et de la police où le silence est d’or. Enfin, on apprend qui sont les Loups Gris et comment leur fanatisme sans borne est à la base de toute l’histoire.
Grangé nous tient en haleine avec ce roman passionnant dès la première ligne dans lequel il brosse le portrait de personnages forts qui souhaitent désespérément faire surgir LEUR vérité.

Jean-Christophe Grangé
L’empire des loups
Livre de poche

Prenant le bébé, son bébé, comme sujet littéraire, Marie Darrieussecq nous offre ici un petit livre sur son expérience de la maternité et sur les discours qui l’entourent. Un agréable petit récit plein de poésie et de tendresse.

Marie Darrieussecq
Le bébé
POL

Durant ces années sombres qui déferlaient sur l’Europe, les chemins d’innombrables individus en fuite allaient se croiser. Walter Benjamin, célèbre penseur et critique allemand, mais figure de l’intellectuel indécis, tenta lui aussi de fuir en Amérique. Son destin le rattrapa pourtant à la frontière espagnole, et c’est là que le roman met en scène sa rencontre avec Laureano, combattant républicain en sursis. Deux voix qui alternent tout au long du récit, deux parcours opposés dont la rencontre improbable est un moment de grâce dans une époque glacée.

Bruno Arpaia
Liana Levi
Dernière frontière
(juin 2005)

Lorsque la servante Maria Rosalia meurt, personne ne la pleure. Surtout pas les fils et filles à papa de la famille qu’elle a fidèlement servi. Pour qui se prenait-elle cette revêche illettrée qui régentait tout ? Et qui voulait des funérailles en grandes pompes ! Elle sera inhumée à la sauvette et à ses frais. Erreur fatale., en Sicile on ne badine pas avec les pactes. Ce premier roman de Simonetta Agnello Hornby, petite-fille de la noblesse sicilienne a fait un tabac. C’est que cette avocate spécialisée dans la défense d’enfants abusés sait ménager le suspens et défendre son personnage (« défaut professionnel », reconnaît-elle). L’Amandière est un tableau mordant de ce qui se cache derrière les volets clos des petites villes de l’île à l’heure de la sieste, l’heure à laquelle la dureté, la sensualité, le brigandage des vauriens et des notables trouvent quelques accommodements.

Agnello Hornby
L’amandière
Points Seuil

Deux candidats au suicide se retrouvent malencontreusement sous la même poutre, dans la même cabane. De cette scène tragi-comique à la Buster Keaton, le Finlandais Arto Paasilinna compose un de ces récits dont il a le secret. Le cynisme de son humour décapant va de pair avec son indéfectible optimisme. Malgré la débâcle. Ainsi, nos deux suicidaires vont développer une agence de service d’aide aux malheureux qui comme eux veulent en finir. Tant qu’à faire, pourquoi ne pas mourir devant un beau paysage, après s’être offert un peu de bon temps ? Ils affrètent un bus, direction les falaises de l’océan Arctique, en faisant un crochet par le Portugal – pourquoi se presser ? La virée macabre tourne à la joyeuse excursion, des idylles se nouent, on retarde le grand saut final. Arto Paasilinna décape la société contemporaine avec une causticité critique jubilatoire. Il soigne sa propre amertume par le rire. La solitude, l’indifférence à son prochain, la violence, tout ce qui nous minent la santé sont du petit lait pour lui et du nectar pour ses lecteurs.

A. Paasilinna
Petits suicides entre amis
Folio

Nadia, la femme d’Albert Danon vient de mourir lui laissant quantité de napperons brodés inutiles et des rosiers à soigner. Leur fils Rico est parti se chercher au Tibet lui confiant sa petite amie, un rien paumée. A ses moments perdus Albert, expert comptable à la retraite cherche les failles du système fiscal. Comment s’étonner qu’Amos Oz, grand artisan de la paix entre Israéliens et Palestiniens, entre, lui, dans les failles de chacun, pour composer un chant profond de l’étreinte et de la réconciliation ? Seule la mer unit les morts aux vivants, entremêle la parabole au réalisme, l’humour à la compassion, le poème au récit, les apartés aux confessions. Car l’auteur passe souvent la tête entre les pages de ce roman total écrit dans une langue superbe, dépassionnée et sans âge, apaisante et sage. Malgré la laideur du monde, les regrets, les bonheurs perdus, l’incertain, le désir d’union et de plénitude mènent ces personnages à notre image. Un très grand livre, d’une beauté, d’une compassion admirables.

Amoz Oz
Seule la mer
Folio

Julio Matasanz, grand médiéviste, est sur le point de prendre sa retraite. Il entend conclure sa carrière d’universitaire et de bellâtre en conjuguant érudition et plaisirs en Galice avec une redoutable collègue. Pendant ce temps, sa femme, bourgeoise sans vague, vaque aux préparatifs de Noël. Le dernier roman de Manuel Vazquez Montalban, décédé peu après, est régalant de bout en bout, son personnage, jouisseur égoïste imbu de lui-même, va se révéler sensible. Alors que toute son oeuvre porte sur l’amour et la mort dans la littérature médiévale, (Erec et Enide, Tristan et Iseult), lui-même n’y a que peu songé. Trois récits courent en parallèles, celui de sa femme, beaucoup plus fine qu’il ne le lui concède, celui de son neveu engagé jusqu’au cou pour Médecins Sans Frontière en des terres inhospitalières, et le sien, académique ou nettement moins. Ce roman épatant est l’occasion pour Montalban de mener, sous des dehors drôles et profonds, tout en rebondissements, une réflexion sur notre époque, et en particulier sur l’authenticité et l’engagement.

Vazquez Montalban
Erec et Enide
Points Seuil

Premier roman de Daniel Mason, ce récit d’évasion nous emmène au fin fond de la forêt birmane, alors colonie britannique. Un accordeur de piano est contacté par le ministère de la Guerre pour partir réparer l’instrument d’un haut gradé mélomane. L’humidité et l’isolement ont désaccordé l’un et l’autre, comment expliquer sinon qu’il joue du Bach aux belliqueux chefs de tribus locales ? A la fascination du voyage, va s’ajouter celle de ce personnage étrange, ce soldat-poète, érudit et fin connaisseur de la culture de ces prétendus barbares, linguiste et diplomate d’une autre trempe que ses mentors londoniens. Un envoûtement qui saisit aussi le lecteur porté par l’étrange, le mystère et la beauté des lieux.

Daniel Mason
L’accordeur de piano
Pocket

Le petit-fils préféré de Madame Bâ à disparu, recruté par des entraîneurs de foot français peu scrupuleux. Sans nouvelles de lui, elle décide de partir à sa recherche. Pour sa demande de visa, il lui faut remplir les cases du formulaire 13-0021 prévu à cet effet, mais comment dire qu’on descend du crocodile du fleuve Sénégal en si peu de place ! Mêlant le fac-similé sec du formulaire administratif, aux réponses fleuves de Madame Bâ, les injonctions à faire bref du fonctionnaire épuisé, au langage fleuri et imagé de la candidate à l’immigration, Erik Orsenna brosse le savoureux portrait d’une Afrique déglinguée, démunie mais d’une inventivité qui n’a d’égal que sa générosité. La chaleur de son amour pour le Mali transparaît dans cet irrésistible roman, un peu long sans doute, car quand on aime, on ne compte pas.

E. Orsenna
Madame Ba
LDP

Lyrique et mégalomane ! Gnossos Pappadopoulis revient sur le campus d’Athené après un an de voyage. « Vers Athéné, donc. Le jeune Gnossos Pappadopoulis, pelucheux Ourson, gardien de la flamme, revint des mers asphaltées de l’immense terre vaine : oh grand-routes US 40 et implacables 66, me revoici chez moi dans les gorges rongées par les glaciers (.). »

Ulysse fou, de retour au bercail, il erre en quête de libations diverses, expressions de l’adolescence rebelle : alcool, sexe et mescaline. On se croirait presque, avec vingt ans d’avance (!) , dans un livre de Bret Easton Ellis, celui qui fit du roman de campus (On pense à Moins que zéro, Les lois de l’attraction , etc.) un genre à part entière.

On ne saurait pourtant réduire Farina à une espèce de « sous Bret » d’avant-garde. L’époque est différente. Alors que les autorités tentent d’interdire l’accès des chambres de filles aux garçons (1958 oblige, on assiste alors aux derniers soubresauts de l’intense « répression sexuelle » d’avant les sixties), la révolte gronde sur le campus, la contre offensive étudiante s’organise.

Gnossos, leader involontaire, illuminé charismatique, plutôt que de s’impliquer dans la contestation rêve de conserver son « Immunité », cette « Exemption » « qui met à l’abri non seulement du temps et de la mort, mais aussi des exigences de la vie elle-même » (selon les mots de Thomas Pynchon, auteur de la préface). Le Grec sera pourtant entraîné dans la machination.

Dans cet univers peuplé de personnages étranges, parfois sublimement grotesques, Farina déploie un récit flamboyant où le désir d’éternelle jeunesse n’a d’égale que la « conscience aigüe de notre caractère mortel » (Th. Pynchon, id.).

Biographie
Né en 1937 à New York, Richard Fariña fait ses études dans la prestigieuse université de Cornell, où il se lie avec Thomas Pynchon. Il exerce divers petits boulots, vit au cour d’un réseau d’artistes et de porte-parole de la contre-culture, et en 1963, il se marie avec Mimi Baez (la sour de Joan), à qui est dédié le roman. Au moment où commencent à s’imposer ses amis Joan Baez et Bob Dylan, il est promis à une grande carrière de musicien, poète et romancier. En 1966, quand paraît son premier et unique roman, Richard Fariña meurt dans un accident de moto, le jour de la fête organisée pour ses vingt-neuf ans.

Richard Farina
L’avenir n’est plus ce qu’il était
Calman-Lévy