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Monthly Archives: avril 2005

Une jeune femme se réveille un matin dans un étrange silence. Elle a soudainement perdu l’usage de ses oreilles. Elle n’est pas vraiment sourde car elle entend des sons étranges dans une sorte de distorsion des bruits. Ce qu’elle perçoit c’est un « bruit blanc ». le bruissement du passé.

Invitée par un magazine scientifique à décrire ses symptômes, elle est fascinée par les doigts du sténographe qui note ses paroles et fixe ses mots sur le papier. Ce jeune homme grâce à cette écriture faite de signes étranges va se montrer capable de recevoir les confidences de la jeune femme, de mettre de l’ordre dans la confusion des intuitions et des souvenirs. Il va permettre à la jeune femme de livrer ses souvenirs, de mettre un nom sur les bourdonnements bizarres, d’entrer dans les méandres de sa mémoire. Car c’est de cela qu’il s’agit : les souvenirs ne laissent que des impressions, des saveurs, des musiques, des parfums insaisissables.

Ce roman fascinant fait penser aux films d’André Delvaux. un bus qui ne va nulle part, un lieu qui n’existe pas, un espace qui n’a pas de sens sinon d’être lui-même, un air qui stagne et ne s’écoule pas, une mémoire qui, à cause d’une étrange distorsion, se trouve devant les héros plutôt qu’en retrait.

Yoko Ogawa
Amours en marge
Actes Sud

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Premier roman de Michael Simon, Dirty Sally est aussi le nom de code donné par les flics d’Austin au corps d’une jeune fille démembrée découverte dans un fossé. Quand quelques jours plus tard les morceaux manquants parviennent chez différents notables d’Austin, Danny Reles, le genre flic de bien en quête de rédemption et de revanches, se voit contraint d’élucider l’affaire pour échapper au licenciement. Il faut dire qu’il traîne une sale dépression depuis la mort de son coéquipier (et ami) qui s’est tué dans un accident plusieurs mois auparavant. Entre corruption, pouvoir et violence, Dirty Sally nous plonge dans le Texas des années 80, un petit goût de l’Amérique du pire.

Un polar dégoulinant d’excellente facture, dans la lignée -et sous le parrainage- de James Ellroy.

BIO :

Ancien acteur, aujourd’hui dramaturge, Michael Simon a également travaillé cinq années en tant qu’officier chargé du contrôle judiciaire au Ministère de la justice d’Austin. James Ellroy a déclaré que Michael Simon avait fait pour le Austin des années 80 ce qu’il avait lui-même entrepris pour le Los Angeles des années 50 :  » décrire un monde sans foi ni loi, et particulièrement dangereux – surtout pour les flics « . C’est sans doute pour cela qu’Ellroy en a fait son poulain et soutient autant ce jeune auteur prometteur qui s’est retrouvé sur les listes de best-sellers dès son premier roman. (pour la bio : http://www.DECITRE.FR)

Michael Simon
Dirty Sally
Flammarion

Hélène Lenoir, nouvelliste et romancière de grand talent, est de retour avec un recueil dans la lignée de ses textes précédents. Depuis « La Brisure » en 1994 déjà publié aux Editions de Minuit, elle trace avec une sensibilité rare le contour de nos vies pour mieux aller au fond de l’intime : les élans du cour, les non-dits familiaux, les corps qui se frôlent, les sentiments qui s’étiolent. en très peu de mots toujours justes et sans excès, l’émotion est là. C’est le cas dans L’Entracte, la première des cinq nouvelles qui donne son titre à ce nouveau recueil. Dans chacune d’entre elles, les personnages se retrouvent face à eux-mêmes, à un tournant de leur vie, confrontés sans l’avoir choisi au même dilemme : partir, renoncer, céder à l’envie de fuir ou plier devant l’obligation de rester, continuer à croire, garder l’espoir, malgré le temps qui passe et le désamour qui point.

Hélène Lenoir
L’entracte
Minuit

Voilà un premier roman qui ne manque ni d’air ni de souffle. A vingt-cinq ans, Frantz est hospitalisé d’urgence pour à un décollement de la plèvre. Ce qui le gêne, plus encore que les tuyaux qu’on lui glisse dans le thorax, c’est que la femme qu’il aime et qui vient de le quitter s’abstient de lui rendre visite. Pourtant, notre héros malheureux en est certain, elle ne va pas tarder à donner de ses nouvelles… L’ homme malade dans son corps l’est aussi dans ses sentiments. A tel point que l’absente qui le hante lui fait oublier l’humiliation de sa condition. La maturité et la maîtrise de l’écriture sont étonnantes dans cette première ouvre. Le ton est tour à tour drôle, pathétique et enlevé, et la plume, très prometteuse. Une découverte.

Jean-Baptiste Gendarme
Chambre sous oxygène
Gallimard

Un homme et une femme se croisent par hasard dans la rue. Ils croient se reconnaître. Ils n’ont pourtant fait que se croiser à l’école, se sont perdus de vue à l’adolescence, se retrouvent à l’âge adulte, au sortir de l’université. Le lecteur fait leur connaissance à ces trois moments de leur vie, deux chemins parallèles parsemés des mêmes éclats, des mêmes échecs, parfois des mêmes rencontres, comme si l’un grandissait au rythme de l’autre, sans jamais se départir d’un petit goût de nostalgie . La rencontre hésite à se faire, l’histoire tarde à s’écrire. Construit habilement, dans une écriture forte et tendre à la fois, on ne sait si le roman débute par la fin d’une époque ou s’il s’achève par une aube faite de promesses. Il trace en tout cas le portrait attachant d’une génération aujourd’hui trentenaire.

Patrick Goujon
Carnet d’absences
Gallimard