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Monthly Archives: janvier 2005

Une maison perdue dans la campagne obscure. La Mort entre chez une mère pour lui arracher son enfant atteint des fièvres. Folle de douleur et refusant l’inéluctable, elle se lance à sa poursuite, bravant mille périls à travers des contrées hostiles. Au prix de cruels sacrifices, la mère trouve le jardin de la Mort où cette dernière cueille les vies humaines pour les replanter dans un pays inconnu. On ne dira rien du final saisissant. Servi par des dialogues minimalistes, la splendeur du graphisme (cliquer sur le lien ci-dessous) et les couleurs sombres n’en sont que plus admirables et font de cette oeuvre une des plus fortes de ce début d’année.

Peter Madsen
Histoire d’une mère
Delcourt
d’après le conte de H. C. Andersen.

Cette histoire singulière est tirée d’un scénario de Raymond Chandler, maître du roman noir et père de l’inoubliable privé Philip Marlowe, écrit en 1948 et jamais tourné en raison de restrictions budgétaires. Une jeune demoiselle en détresse tente d’échapper aux funestes ombres de son passé. Elle échoue dans un palace de Vancouver où elle croise tour à tour les différents protagonistes de cette tragédie noire, broyés par la mécanique imparable du destin. Une belle et cruelle autopsie des bassesses et grandeurs de l’âme humaine

François Ayroles, Ted Benoit
Playback
Denoël Graphic

Salvatore est garagiste. Et un bon. Pourtant, il s’est installé là-haut dans la montagne, à l’écart du bruit et des gens. Il déguste sa fondue, sa cigarette et son journal, après le repas. Il fait attendre sa clientèle sans vergogne. Et parfois même, il dérobe une pièce des moteurs qu’on lui confie… Car Salvatore a conçu un plan diabolique : il assemble jour après jour ces pièces pour construire une machine fantastique destinée à retrouver celle qu’il aime depuis toujours, Julie. Personne ne peut le détourner de ce chemin, personne, pas même Amandine. La créativité et la fantaisie sont de tous les instants dans cette ouvre remplie d’une douce folie qui fait du bien en ce début d’année.

Nicolas de Crécy
Salvatore t.1 Transports amoureux
Dupuis

Patrick a quarante ans bientôt. Il retrouve au hasard d’une rencontre la trace d’une lettre ancienne écrite par un garçon de 17 ans qui confie les révoltes, les espoirs, les rêves et les ambitions que beaucoup ont eus à cet âge-là. Le temps a passé, les amis ont changé, les amours . Cette ouvre monochrome, troublante et sensible à la fois, est construite habilemenent en confrontant des extraits de la lettre et la situation actuelle correspondante : ce qu’il rêvait d’être, ce qu’il est devenu. Et l’intérêt majeur est là : Patrick et cet adolescent rêveur et insouciant sont la même personne. La cruelle réalité est donc sans appel pour lui : il est bel et bien devenu un adulte de quarante ans plein de renoncements, d’espoirs déçus et de compromissions.

Cyrille Pomès
A la lettre près
Albin Michel, 2005

Au milieu des années 80, le manga arrive en France et dans les pays voisins par le biais du media télévisuel. C’est l’époque des Goldorak, Albator, Candy et autres Chevaliers du Zodiaque. Très vite la polémique s’engage autour de ces productions souvent ridiculement doublées, remontées parfois à la hâte pour s’adapter à un public plus/trop jeune. Des oeuvres d’une extrême violence se retrouvent programmées en pleine après-midi (Ken le survivant). Les premières années du manga chez nous (dans ce cas ci le manga dit « anime », c’est à dire adapté sous forme animée) firent un tort énorme au genre dans son entier. Il n’est pas rare encore d’entendre des jeunes parents pester contre les animations japonaises qui passent sur le petit écran.
Une réputation sulfureuse sera désormais injustement accolée au terme « Manga ». Injustment ? Non pas que celui-ci n’est jamais violent, mais il va du manga comme il va de la bande dessinée européenne : on y trouve du très bon, du moyen et du très mauvais. Ceci pour une simple raison. Manga est simplement le terme générique qui désigne la production de bande dessinée au Japon et par extension en Asie. « Manga » recoupe donc des oeuvres de tous les genres qui s’adressent à tous les publics.

« Il y a autant de variétés dans le manga que dans toutes la bande dessinée occidentale ; autant de différence entre Dragon Ball Z et Akira qu’entre les délires adolescents de Titeuf et la maturité d’Art Spiegelman dans Maus » martèle Jérôme Schmidt dans Génération Manga . (J’ai Lu, Librio)

Avant d’être un dessin animé ou un film d’animation le manga est d’abord une bande dessinée. Mais une bande dessinée bien différente de celle que nous connaissons. Presque toujours publié en noir et blanc, le manga adopte un découpage moins statique, plus cinématographique. Il parait dans des revues hebdomadaires spécialisées sous forme d’épisodes pour être ensuite compilé dans des ouvrages proches du format poche que nous connaissons.

Si le manga connaît des publications de type « album », sa forme commune est d’avantage celle de la série. Il n’est pas rare que certaines productions à succès atteignent les milliers de pages. En cela il diffère fondamentalement de nos productions BD.

De récentes statistiques montrent qu’un Japonais sur deux lit un manga par jour et 85% en lisent au moins deux par semaine. Vous avez dit phénomène de société ? Le manga se lit principalement dans les transports en commun, il se lit rapidement et est fréquemment abandonné quand il est terminé.

Par sa diversité comme par la très grande qualité ou l’originalité de certaines oeuvres, le manga mérite d’être découvert et lu.

En outre, si jusqu’à présent les mangas adaptés en français étaient essentiellement destinés aux adolescents (et il est vrai qu’au Japon les adolescents constituent le coeur de cible des mangas), on commence depuis quelques années à voir des productions plus « adultes ». Qu’il s’agisse de mangas proches de ce que l’on appelle ici la « BD d’auteur » (qu’il suffise de citer l’excellent mangaka Taniguchi) ou d’oeuvres destinées à un public « averti ».

Monster
Monster est un thriller policier haletant en 18 volumes.
Tenma, un jeune neurochirurgien brillant sauve, contre l’avis de son directeur, un jeune garçon gravement blessé dont les parents viennent d’être assassinés. Quelques jours plus tard le directeur est assassiné à son tour tandis que le jeune garçon a disparu.
L’intrigue, d’une grande complexité, se développe avec maestria au fil des 18 volumes.

Gunnm
Gunnm est un manga culte de type futuriste. Deux séries actuellement : Gunnm, la série originale en 6 volumes (moyen format) et Gunnm Last order, 5 volumes parus, en cours de publication. Alita, petite cyborg conçue à des fins guerrières est abandonnée par son créateur dans une décharge. Des années plus tard un passionné de cybernétique retrouve son corps et la remet en état. Peut-être le meilleur manga dessiné « cyber » à ce jour.
« Le manga de Yukito Kishiro se déroule dans un futur sordide où la Terre est un domaine de parias et où la délinquance et le meurtre règnent en maître. L’une des régions les moins fréquentables du globe, et celle où se déroule notre histoire, a pour nom Kuzutetsu, c’est à dire  » la décharge « . On nomme ainsi cette ville grouillante de tueurs en série parce qu’elle se situe juste en dessous de Zalem, une ville céleste que l’on dit paradisiaque et qui déverse ses ordures sur Kuzutetsu. Zalem, où trône l’élite, reste le rêve à jamais inaccessible des nantis de la décharge. » (glenat.com)

Say hello to black Jack

Glénat, 5 volumes, en cours de parution
Say Hello to black jack est un Seinem manga, c’est-à-dire manga destiné à un public de jeunes adultes. SHTBJ est un manga de type particulier puisqu’il conte les (més)aventures d’un jeune interne récemment admis dans un hôpital universitaire prestigieux. Armé de ses idéaux, il découvre la sordide réalité du milieu médical : conditions épouvantables, cynisme de la hiérarchie, salaire de misère. Mise en cause radicale du système japonais, ce manga s’est vendu à des millions d’exemplaires. « C’est quoi, être médecin ? »… où l’on découvre que le manga n’est pas seulement fait de petits personnages qui se tapent dessus.

MPD psycho
Pika Senpaï / public averti
« La vie de l’inspecteur profileur Kobayashi Yôsuke bascule le jour où il reçoit un étrange colis sur son lieu de travail. Abasourdi, il découvre le corps démembré et maintenu en vie de sa petite amie, dans une glacière. Kobayashi traque le meurtrier et au moment où il le tient, il le tue de sang-froid. Il prend alors une nouvelle identité et déclare s’appeler Amamiya Kazuhiko… » (senpai.fr)
Manga polémique à la structure narrative éclatée, à l’image du personnage principal, un détective qui possède plusieurs personnalités.

Dragon Head

Pika
10 volumes parus / série complète
Suite à un tremblement de terre, trois collégiens qui rentraient d’un voyage scolaire en train se retrouvent coincés dans un tunnel. Après des jours de recherches, ils trouvent enfin le moyen de sortir, mais le monde extérieur a été ravagé par une catastrophe.

Love Hina

pika
14 volumes parus / série complète
Sorte de « Friends » avant-gardiste à la japonaise.
Keitaro Urashima qui vient de rater pour la deuxième fois son examen d’entrée à la prestigieuse université de Todai doit se trouver un job. Mais voilà qu’il reçoit de sa grand-mère la place de gérant dans une pension occupée par des jeunes filles toutes plus excentriques les unes que les autres. Comment Keitaro va-t-il concilier son nouvel emploi et sa vie d’étudiant ? Un manga bourré d’humour où s’enchaînent les situations cocasses que le pauvre Keitaro provoque sans arrêt et bien malgré lui.

Le sommet des dieux
Jiro Taniguchi et Y. Baku
5 volumes, en cours de parution
Titre phare de la nouvelle collection « Made in japan » de l’éditeur Kana
Le sommet des dieux vient d’être primé à Angoulême (meilleur dessin, voir les autres nominés. des poids lourds de la BD contemporaine).
Adaptation virtuose du roman de Yumemakura Baku, Le sommet des dieux est un manga hors norme qui navigue entre poésie et suspense. A travers les souvenir du héros photographe Fukamachi Makoto, le lecteur est emmené loin au cour de l’Hymalaya dans un univers où la montagne, gigantesque, n’a d’égale que la passion des hommes à l’escalader.
Taniguchi est le brillant dessinateur de Quartier lointain, une très belle série dont nous vous avions déjà parlé et qui raconte l’histoire d’Hiroshi, un adulte transporté dans la peau de l’adolescent qu’il était à 14 ans.

Dans la cité de Butania, bâtie entièrement autour d’une gigantesque citerne de gaz surnommée « la bulle », les autorités ne tolèrent aucune forme de criminalité. Pourtant, la peine de mort n’existe pas. Elle est remplacée par une sentence encore plus terrible ; tout individu ayant attenté par quelque forme que ce soit à la vie de ses concitoyens est condamné à l’amputation totale. On croit à Butania en la vertu de l’exemple. Une nuit, le contremaître Bertold Boro met le feu à son unité de production et tue accidentellement quatre ouvriers. Il subit le châtiment suprême, réduit désormais à ramper dans le quartier réservé. C’est alors qu’il rencontre Froilan, directeur d’un théâtre de marionnettes vivantes, qui lui propose de remplacer son acteur principal mort récemment. Bien que privé de ces membres, Bertold est décidé à infléchir son destin. Entre Bilal et Schuiten, voilà un album graphiquement remarquable, sidérant par sa vision du monde où l’humain n’est plus qu’une marionnette manipulée par des machines, d’une profonde noirceur même si l’espoir n’y est pas tout à fait éteint.

Agrimbau ; Ippoliti
La bulle de Bertold
Albin Michel

June Hackett n’a pas revu sa mère depuis douze ans. Un soir, alors qu’elle entre chez elle, une lettre l’attend. Sa mère la supplie de venir lui rendre visite, une dernière fois avant de mourir. Après une longue réflexion, June se met en route, intriguée par cet appel soudain. Dès son arrivée, les questions (et les ennuis) ne tardent pas à assaillir la jeune héroïne . Pourquoi sa mère a-t-elle décidé de vivre recluse dans ce manoir en ruines perdu sur une côte oubliée de la Nouvelle-Angleterre ? Pourquoi les habitants de la contrée semblent la haïr à ce point ? Quel est le sens de ce lancinant cauchemar qui l’arrache au sommeil toutes les nuits depuis quelques temps ? Un seul conseil, ne manquez pas cet album. Le prologue énigmatique vaut à lui seul le détour. Du début à la fin, l’ambiance est terrifiante et crépusculaire, et le sens de l’intrigue n’est pas sans rappeler les « Stryges » que les amateurs connaissent. Le jeu magistral des ombres et couleurs accentue la tension et rend ce thriller haletant.

François Baranger
Freaks Agency t.1 Celui du sang
Albin Michel

Dans l’Albanie des années soixante, la misère fait des ravages à la suite de la rupture avec le bloc communiste. Deux enfants de milieux sociaux différents vont se rapprocher à travers une passion commune. Leka, jeune orphelin, vit sous la coupe de son tuteur Nikita, avec lequel il vit de multiples larcins dont le dernier en date n’est rien moins qu’un rapt d’enfant. Un jour, il livre une douzaine d’oufs chez un médecin, après avoir reçu commande de la fille de ce dernier, Sose, du même âge que lui . Elle lui fait découvrir des fragments de films hollywoodiens interdits et lui fait partager rapidement sa passion pour l’escrime. Peu à peu, il se prend d’affection pour cette famille qui l’accueille comme un des siens … Aventure et romance sont au rendez-vous de ce brillant premier opus dont on attend la suite avec impatience.

Manini Chevereau
La Loi de Kanun t.1 Dette de sang
Glénat

Juillet 1907, Amédée fait partie de ces soldats chargés d’acheminer à dos d’homme le matériel nécessaire à la construction de l’obervatoire du Pic du Midi. Il y rencontre Camille, passionné par les étoiles et par une compétition sportive qui déjà à l’époque, est mythique: le Tour de France, véritable odyssée humaine où le courage, la ténacité, le dépassement de soi sont les maîtres-mots. Point ici de vertige mercantile ni trafics de substances illicites, mais des hommes, authentiques héros face à eux-mêmes et à un défi sportif sans égal. Une formidable aventure humaine …
Amédée ne tardera pas à attraper le virus. Rentré chez lui au pied du Pic, son ambition est désormais de devenir coureur cycliste, à n’importe quel prix. Il multiplie les portages afin d’économiser assez d’argent pour s’offrir le vélo dont il rêve. Au péril de sa vie, mais un jour, la montagne est la plus forte. Il sort vivant d’une nuit entière passée dans les monts gelés, mais amputé des orteils. Il devient malgré la souffrance coureur isolé, sans aide ni assistance, et se hisse au fil des Tours à la hauteur des plus grands, les Georget, Petit-Breton ou Garriguou, sur des routes mal dégrossies, au sommet de cols encore sauvages. Sa volonté vaincra son handicap et le fera entrer dans la légende du Tour, Jusqu’à l’été 1914 …

Lax
L’aigle sans orteils
Dupuis
coll. Aire Libre