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Monthly Archives: septembre 2004

De Stig Dagerman, on connaît surtout le fameux « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier ». Ce mois de septembre voit la réédition en poche des articles qu’il écrivit à l’automne 46 sur les ruines des grandes villes allemandes. Un livre que l’on recommande vivement.

Stig Dagerman
Automne allemand
Actes Sud, Babel

Ecrit dans les années 50, Les seins de glace est un classique du polar psychologique. David Newton s’y éprend de la jolie Peggy Lister : un ange ou un démon ? Peut-être bien les deux à la fois.

Matheson
Les seins de glace
Folio

Pierre Barski, joueur de poker des cercles de jeux clandestins de Paris, se retrouve bientôt confronté à une curieuse accumulation de cadavres. Un vrai polar à la française dans un monde que l’on a rarement décrit avec autant d’authenticité.

Berkowicz
La dernière peut-être
Folio

Un petit inédit de Tsuji en 10/18 au moment ou l’on publie « en attendant le soleil », une nouveauté chez Belfond. Tsuji, écrivain, poète, romancier, cinéaste, et photographe signe ici un petit roman dépouillé et subtil. La narratrice, une photographe, raconte sa passion pour l’objectif, cet objet devenu central dans sa vie le jour où son père lui offrit son premier appareil pour l’aider à supporter les autres.

Hitonari Tsuji
Objectif
10/18

Ce premier roman écrit à 76 ans par Bernard du Boucheron, un enarque à la retraite, vient de remporter le Prix de l’Académie française. Nul doute que les jurés ont voulu saluer une très belle écriture au service d’un récit étrange qui n’a cessé d’intriguer historiens et archéologues. Celui de l’abbé de Montanus parti au XIV ème siècle au fin fond de la banquise, recenser des chrétiens oubliés. Des descendants de Normands vivant prisonniers des glaces dans un climat, une misère et un abandon effroyables. A coup de bûchers à la tourbe et la graisse de phoque, l’abbé inquisiteur va tenter de ramener la foi, la règle, un semblant de société, et tenter de ne pas succomber lui-même au Malin qui règne là en maître.

(PRIX DE L’ACADEMIE 2004)

BERNARD DU BOUCHERON
Court serpent
Gallimard

Comment ça marche un père ? Quarante ans après la mort accidentelle de Roger Nimier, sa fille se sent toujours orpheline de cet homme disparu quand elle avait cinq ans. Mais le hussard, ami de Michel Déon, Jacques Laurent, Antoine Blondin n’était-il pas sorti de sa vie bien avant cela lui qui glissa dans son berceau un « silence » qu’elle mettra quarante ans à digérer. Puzzle de la mémoire, décryptage d’une souffrance tacite, ce récit pudique et élégant par l’ humour, le courage et la vivacité, méritait bien un prix.

medicis 2004

Marie Nimier
La reine du silence
Gallimard

« Dans le studio de madame Aubin-Vasconcelos, je lisais des carnets, ou je regardais par la fenêtre. Ces « jardins » privatifs sont souvent composés de plantes tropicales ou qui en donnent l’impression. Elles allaient bien avec les ambassades étrangères qui font de ce quartier de Paris une sorte de concession internationale fermée, au nord, par l’ancien palais de l’Otan. On ne savait pas quoi en faire, comme du souvenir d’un royaume disparu qui n’avait pas duré longtemps. »

Philip Julius, le narrateur, entre dans le sillage de Christine, riche (et vieille) héritière qui lui demande d’écrire ses mémoires. De ce travail, se charge en fait l’auteur via ce roman du souvenir: évocation de l’entourage de Christine, de ses amants célèbres et moins célèbres, de sa jeunesse dorée, etc. Philip, dandy oisif devient le spectateur des jeux qui se trament autour de Christine et se retrouve finalement impliqué, un peu malgré lui, dans une partie qui dont il comprend mal les enjeux. Petit roman précieux sans être incontournable, les Immeubles Walter fait vibrer cette nostalgie qui traîne toujours autour des splendeurs décrépies du passé, quand il n’est plus question d’être mais d’avoir été.

Stephane Denis
Les immeubles Walter
Fayard

Le Mystère d’Edwin Drood de Charles Dickens offre à Jean-Pierre Ohl, libraire, le sujet de son premier livre. Il faut savoir que l’ultime opus de l’auteur de David Copperfield est resté inachevé. Pour cette raison, les « dickensiens » s’acharnent depuis lors à résoudre l’énigme du meurtre d’Edwin Drood.

Monsieur Dick est donc une sorte de roman à suspense où François Daumal, le narrateur, se lance sur la piste du tueur, dans une enquête à retardement pleine de rebondissements. Mais face à lui, Michel Mangematin, autre passionné de Dickens, relève le même défi. Entre les deux hommes, le duel sera sans merci.

Les deux intrigues, celle qui mêle Dickens/Edwin Drood d’une part et celle qui voit s’affronter Daumal et Mangematin d’autre part, s’imbriquent dans une structure complexe, parfois déroutante, mais jamais gratuite, qui offrira au lecteur deux dénouements simultanés d’une rare intelligence.

Monsieur Dick est enfin une belle déclaration d’amour à la littérature, il ravira les amateurs de belles lettres qui y côtoieront avec joie Dickens, Conan Doyle, Sand, Flaubert, et beaucoup d’autres.

Jean-Pierre Ohl
Monsieur Dick ou le dixième livre
Gallimard

Lorsqu’elle entend dire qu’un jeune homme vit dans le parc de la ville, Lena pense aussitôt qu’il s’agit de son frère interné depuis des années. Ce frère dont elle n’a parlé à personne, pas même à son mari et à son fils, hante ses souvenirs d’enfance et elle n’aura de cesse que de renouer avec lui.

Dominique Mainard nous offre un roman très fort où les personnages se révèlent d’une grande complexité dans leur quête tout simplement humaine de briser leur solitude. Un livre pénétrant, surprenant, qui résonne en nous bien après la dernière page lue.

Dominique Mainard
Le ciel des chevaux
Ed. Joelle Losfeld

Chargé par une mystérieuse fondation de dresser la carte complète du réseau Internet, b@netmap.com s’adjoint le concours d’éminents spécialistes. Ce petit groupe se lance alors dans une véritable expédition, sorte de pendant moderne à celles des pionniers de la géographie. La tâche est bien sûr énorme : transformer un monde virtuel en un modèle spatial, mais aussi évolutif .

Outre la modélisation des réseaux (câbles, échangeurs, connecteurs, mélangeurs, amplificateurs, fibres optiques, alliages, etc.), il s’agit d’évoquer en temps réel, comme sur une carte météo, les changements qui s’y opèrent. Il s’avère donc très vite que les investisseurs cachent d’inavouables intentions : rien moins que la surveillance permanente des utilisateurs ! Carte muette adjoint à un sujet inédit une forme d’écriture directement inspirée de celui-ci : utilisation graphique des codes informatiques, typographies particulières, etc. Le roman alterne dans un texte unique le journal reconstitué de l’expédition et les commentaires a posteriori du chef de celle-ci. Deux temporalités qui s’expriment de manières différentes : d’une part le style du compte-rendu et d’autre part un lyrisme, sorte de poésie en prose ménageant descriptions et réflexions : fascination du cablage striant villes et pays, fuite des nombres et des lettres sur écrans lumineux, évocation labyrinthique des connexions du réseau parcourant lieux secrets, caves ou tubes cachés dans les entrailles de la terre.

Un roman très moderne donc, et à bien des égards diablement original.
Pour lecteurs curieux, un petit « ovni » chez Fayard.

Philippe Vasset
Carte muette
Fayard