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Monthly Archives: juillet 2004

Mauvais garçon de Willy Russell est passé un peu inaperçu lors de sa sortie voilà l’occasion d’y revenir. L’auteur de A l’école Rita et de Shirley Valentin adaptés au cinéma, se porte au secours d’un jeune garçon de « Grimsby-trou-pourri ». Il le pousse à contourner la fatalité en convertissant un univers stérile en un rite d’initiation à la vie d’adulte. Promis à la délinquance, il est heureusement doté d’une super Mamie, sorte de Don Quichotte en bas-varices montant à l’assaut du fish and chips et de la médiocrité. Dans la veine des films de Michael Leigh et du cinéma anglais engagé, bourré d’humour, de portraits épatants et de tendresse, ces cinq cents pages sont une ode à la jeunesse et à la culture. A mettre entre toutes les mains.

Willy Russell
Mauvais garçon
10/18

Le pouvoir du chien de Thomas Savage a les qualités d’un classique, sous l’air d’un bon vieux western il dissimule un huis clos tendu comme le galon d’un Stetson. Deux vieux garçons gèrent le ranch familial hérité des parents, ils mangent en bleu de travail dans de l’argenterie. Rien n’a changé depuis des années mais voilà que George se marie avec Rose, mère d’un adolescent, « Mademoiselle Chochotte » comme le nomme Phil qui va se déchaîner. Silences, solitude, cruauté, ennui des cow-boys, secrets de famille, finesse des portraits, beauté des paysages soutenus par un suspens savamment mené font de ce livre un grand roman.

Thomas Savage
Le pouvoir du chien
10/18

La Tache de Philip Roth est d’une réjouissante intelligence. Sorti aux Etats-Unis alors qu’une petite tache sur la robe d’une stagiaire de la Maison-Blanche occupait le devant de la scène, ce roman montre à travers le parcours atypique d’un professeur d’université que la tache est en chacun, inhérente, à demeure, constitutive, elle qui préexiste à la désobeissance, qui englobe la désobéissance, défie toute explication, toute compréhension. C’est pourquoi laver cette souillure n’est qu’une plaisanterie de barbare et le fantasme de pureté terrifiante. (Folio)

Philip Roth
La tache
Folio

11 nouvelles de D. Hammett précédées d’une préface pour connaître mieux l’auteur du fameux « Faucon maltais »: Détectives cyniques, femmes fatales et regards en coin ! Classique.

Dashiell Hammet
Sam Spade
Livre de poche

Petit garçon né au lendemain de la guerre, le narrateur vit dans une maison où règne un silence si pesant que pour y échapper, il s’invente l’existence d’un grand frère. Issu d’une famille juive ployant sous la culpabilité, et qui a francisé son nom pour fuir un passé trop lourd, le petit garçon qui a grandi n’a de cesse de reconstituer son histoire. C’est Louise, une vieille amie de ses parents, qui va lui révéler ce secret qu’il pressent : l’autre vie de son père avec Hannah, sa première femme, et plus terrible encore, celle d’un frère qui aurait réellement existé avant sa naissance et dont le souvenir et la mémoire n’ont plus jamais été évoqués. Un roman subtil et bouleversant sur les territoires secrets de l’enfance et la quête inexorable des origines.

Philippe Grimbert
Un secret
Grasset

Alain Spiess a ce grand art de capter les conversations et d’imaginer aussitôt un univers. Ainsi commencent La méprise et Ruine, ses deux dernières parutions. Son oreille attentive donne à entendre les regrets, le temps qui fuit, les ratés de vies à l’abri du besoin. A l’abri vraiment ? En cinquante pages surprenantes, fines, pleines d’ironie et d’indulgence, La méprise brosse une vie de couple qui se délite mollement jusqu’à ce que des terroristes radicalisent les choses. En les simplifiant d’une certaine manière. Ruine est le dévidement d’un homme qui passe à table, des confidences saucées, avinées, inattendues. Au dessert il aura tout lâché à la consternation de son hôte.

Alain Spiess
Une méprise
Le Rocher

Alain Spiess
Ruine
L’arpenteur

Grégoire Bouillier pratique l’autofiction avec détachement, humour noir et lucidité. Rapport sur moi sort en poche alors que L’invité mystère paraît aux belles éditions Allia. Rompant totalement avec le nombrilisme, il recense les ratés de son enfance et de sa vie d’adulte sans épanchement. Entre Le petit Nicolas et le Petit Chose . Cela tient de l’entomologie, il recense les fausses pistes, relève les chausses-trappes de la langue qui vous font prendre des vessies pour des lanternes. De courts chapitres hachés, télescopés et bouleversants pour le premier, de longues phrases dans le second pour raconter le malentendu d’une soirée organisée par Sophie Calle le jour de la mort de Michel Leiris. L’Odyssée d’une petite vie ordinaire et pourtant vertigineuse.

Grégoire Bouillier
Rapport sur moi
J’ai lu

Grégoire Bouillier
L’invité mystère
Allia

Deux ans après la mort de son père, la mère de Lydia Flem décède entraînant un flot de sentiments contradictoires entre soulagement et amertume, colère et tendresse pour cette mère qui d’un coup a cessé de lui faire des reproches pour accueillir la fin dans les bras de sa fille. Après, il faut vider la maison. « Jadis, écrit Lydia Flem, la mort était une expérience qui se vivait au sein d’une communauté, la religion et la coutume dictaient des gestes, soutenaient l’endeuillé mais aujourd’hui le deuil appartient au seul enclos de la vie privée. » Et ce mot, vider recouvre soudain un acte terrible qui renvoie au passé de ses parents qu’une solution finale a tenté de liquider. Sera-ce au tour de la fille de faire disparaître toute trace, ou lui incombe-t-il de tout garder, d’emmener chez elle la maison de sa mère ? Chacun se reconnaîtra dans ce récit où le cocasse dispute à l’émotion et l’envie de fuir le désir de tout conserver.

Lydia Flem
Comment j’ai vidé la maison de mes parents
Seuil