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Monthly Archives: janvier 2004

Les mots ne disent pas tous la même chose pour désigner l’être seul. Les expériences de solitude peuvent être très diverses. De la solitude imposée par la perte à la solitude apprivoisée, voire même choisie, les trajectoires de chacun décrivent des usages différents de cet état dont on parle souvent au singulier et en termes négatifs.

D’où provient donc cette négativité associée au terme solitude ? Pourquoi le modèle de la perte et du manque domine-t-il dans notre imaginaire ? Les récits de vie sur lesquels repose ce livre, cette grande variété d’histoires individuelles, posent clairement les termes d’expérience et d’apprentissage. Etre seul n’est pas toujours un état que l’on subit, l’individu en est aussi l’acteur, et il aménage d’une certaine façon son rapport au collectif. Il existe des solitudes de rejet, mais aussi des solitudes de retrait, et des passages de l’une à l’autre.

Marie-Noëlle Schurmans travaille à l’université de Genève. L’originalité de sa démarche, c’est de s’intéresser à la dynamique présente dans les expériences de solitude : le travail qu’opère chacun sur le sens de sa propre solitude, non plus envisagée sous le seul signe du manque, mais comme une histoire individuelle, susceptible de changement, et inscrite dans l’histoire collective. En paraphrasant l’auteur, on pourrait dire que la solitude est une représentation qui en dit long sur la façon dont on appréhende les bonheurs et les limites de l’individualité.

Pour nous lecteurs, le propos va bien évidemment au-delà de la sociologie, et c’est pourquoi nous avons invité son auteur à venir en parler à la librairie, le jeudi 3 avril. L’entrée est libre bien entendu.

Marie-Noëlle Schurmans
Les Solitudes
PUF

« De quoi est faite une solitude que l’on ne comprend pas ? Pourquoi suscite-t-elle spontanément la peur ? La façon dont nous pouvons la ressentir n’est-elle pas multiple et évolutive ? Pouvons-nous l’apprivoiser, la transformer, y échapper ?
Basé sur les récits d’expériences vécues, ce livre répond à ces questions. En mettant en lumière les différentes espèces de solitude. (…) En identifiant ce qui est à la source de chaque histoire, ce qui fonde le lien social et ce qui permet le changement. »
http://www.unige.ch/

« Partant de nombreux récits et expériences vécues, l’auteur analyse différentes formes de solitude fondées sur des critères de choix ou de contrainte. C’est une histoire singulière éprouvante (…) qui suscite souvent de la part d’autrui, angoisse et inquiétude.. » 
http://www.puf.com

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Dans nos rayons également, « Vincent et Van Gogh ». La place nous manque pour dire tout le bien qu’on en pense. On y parle de Van Gogh et de son chat Vincent, compagnon du maître et dépositaire de son talent, une sorte de génie sorti de la lampe. Mais Vincent est aussi face cachée et côté sombre du célèbre peintre à l’oreille coupée. Signalons le graphisme et le coloriage « à la manière impressionniste » qui renforce encore la poésie de l’ouvrage.

Gradimir SMUDJA
Vincent et Van Gogh
Delcourt

Point de départ de ce formidable récit : Hiroshi a 48 ans. Passablement éméché, il se trompe de train. Au lieu de rentrer chez lui, il se retrouve mystérieusement dans son village natal et, très vite, dans le cimetière où sa mère est enterrée. Quand il reprend ses esprits, l’inconcevable est arrivé. Son corps est celui d’un adolescent de 14 ans, sa conscience, celle qu’il avait la veille encore. Il s’aperçoit bientôt que ce n’est pas sa propre enfance qu’il revisite, mais celle d’un garçon qu’il n’a jamais été. Tout est alors possible. La construction de la double narration est captivante et le dessin en noir et blanc cerne admirablement caractères et paysages. La maîtrise du récit est parfaite et la réflexion plus profonde qu’il n’y paraît. Qu’adviendrait-il de ce que nous sommes s’il nous était donné un jour de repasser par l’enfance, tout en conservant une conscience d’adulte ?

Prix Alph’art du scénario 2003 du Festival d’Angoulême.
Jiro TANIGUCHI
Quartier lointain , t.1
Casterman (Ecritures)

Faut-il toujours savoir où sont nos proches ? Avons-nous encore un espace de respiration et de liberté ? Osons-nous encore résister et dire « Non, je ne suis pas d’accord » ? Ce sont ces questions que pose ce roman attachant, parfois drôle, sensible, parfumé des senteurs des rives de la Meuse.
Tom, un adolescent heureux et insouciant, apprend qu’à 16 ans il devient adulte ; il est donc obligé, par la Loi, de subir l’implantation d’une puce à la fois carte d’identité, de paiement, et GPS qui permettra de le localiser où qu’il soit. Tom va refuser cette loi indigne et fuir… A lire, à faire lire, et à partager !

Xavier DEUTSCH
Tombé du camion
Espace Nord J, Labor

C’est un roman curieux, original et attachant. On peut avoir du mal à l’apprivoiser avant de l’aimer… c’est un livre à relire ! Il nous raconte des populations fuyant devant des meutes de chiens déchaînés, on ne sait pourquoi. Etrangement, le dernier bateau s’éloignant de ces rivages désolés et désespérés, n’emporte pas des réfugiés mais 40 juments et leur gardien, traversant des eaux en colère et des dangers épouvantables !…. Comme il ne faut jamais raconter la fin d’un livre… il faut le lire et se laisser faire…Prix Rossel 2002.

Xavier DEUTSCH
La Belle étoile
Castor Astral

En matière de littérature, le style a une certaine importance, et cette forme de talent est sans doute le fruit d’un long travail. Ces Lettres du pays froid en portent la marque. Sans excès, « sans graisse » disait un critique, l’écriture de Caroline Lamarche pourrait suffire au plaisir de la lecture. Mais bien sûr il y a plus, ce plaisir c’est pour le lecteur, tandis que pour l’écrivain, c’est moins simple, écrire n’est pas une sinécure. C’est même le sujet central du livre. Un jeune homme, Alexis, demande à la narratrice de raconter son histoire. Il n’en peut plus de vivre, il aime un garçon qui ne l’aime plus, il a tenté de se tuer, il voudrait quand-même se sauver, ou plutôt il demande l’impossible, comme souvent dans ces cas-là : qu’on le sauve. S’instaure alors une relation tendre mais souvent abrupte, marquée de désirs et de refus, aux frontières de la raison, qui n’empêchera pas cette rencontre d’arriver à son terme : les « deux visages » de la mort d’Alexis, dont ce livre constitue le « versant lumineux ».

Caroline LAMARCHE
Lettres du pays froid
Gallimard

Un appartement en héritage, à Bruxelles, avec en prime : Ursula la voisine du dessus, cantatrice de profession, Maria Felicia concepcion Almirada Valdes, la bonne, Nephtys, la chatte, Cornelius, l’insultant perroquet et les clients, aussi, de feu Monsieur Isaïe Mortensen, oncle du narrateur et détective privé. Comme tout ça ressemble bien à une improbable comédie, je me dois de vous décevoir immédiatement. Le sentiment du fleuve plonge le lecteur dans un récit labyrinthique à travers les rues de Bruxelles, Cité obscure par excellence, et offre par la même occasion à François Emmanuel de nous dire son amour haine pour notre capitale.
Le narrateur entraîne le lecteur et le perd dans un monde situé entre apparences (toujours trompeuses) et réalité, dans une ville en négatif, au sens photographique du terme, une carte dessinée sous la carte, un univers où l’on parle toujours par énigme. Mais suffit-il de chausser les pantoufles d’un mort pour acquérir l’esprit de famille ?

François EMMANUEL
Le sentiment du fleuve
Stock

Une narratrice se lance sur les pas d’un pianiste mythique Qui est-il ? Où est-il ? Que dit-on de vrai sur lui ? Profitant de cette époque de l’été pendant lesquelles les grandes villes se vident, elle se lance à la recherche du musicien, de ses amis, femmes et enfants, de sa musique aussi.
Sans le savoir elle part aussi à la recherche de sa propre identité.
Ecrit en quelques jours, le récit est rapide (peut-être trop) mais intime et enchanteur.

Francis Dannemark
Les petites voix
Belfond

Quand un couple se défait, l’un quitte l’autre. Deux adultes prennent des chemins différents.
Mais qu’en est-il de l’enfant de l’autre que l’on doit quitter… L’enfant que l’on a accepté, que l’on a apprivoisé pendant longtemps, que l’on a appris à connaître et dont on s’est fait reconnaître.. C’est le propos du livre d’Ariane Lefort, un sujet sensible traité avec tendresse et pudeur.

Ariane Lefort
Beau-fils
Seuil

Dans le Manhattan des années 80, Jean-Michel Basquiat, artiste grapheur, rencontre Suzanne. Naîtra entre eux un amour total, destructeur, désespéré. Histoire passionnelle, sur fond de drogue, de toiles, avec l’odeur de la peinture sur les vêtements et des cris de joies comme de désespoir. Apparaissent au fil des pages Warhol, Keith Haring ou Madonna, époque ‘like a virgin’… toute une faune d’artistes, un monde branché et cocaïne. Jennifer Clément, qui fut l’une des figures new-yorkaises « eighties » du milieu underground, a rencontré Suzanne. Elle en a tiré ce livre, brisé, épars, suite de paragraphes, comme de chapitres, courts et rythmés. Au final, on tient entre les mains un récit biographique violent et attendrissant qui révèle l’immense fragilité de Basquiat.

En compagnie de Basquiat
Jennifer Clément
Denoël