Voilà le genre de petit livre qu’à peine refermé on s’empresse d’offrir. Nous sommes au Japon, au coeur d’une famille japonaise aimante, soudée, dont est pourtant absent le père. Disparu en captivité, il a été englouti par l’Histoire, sauf pour son épouse qui, confiante, l’attend toujours quarante après. Un jour, un ami du fils aîné lui dit, j’ai vu ton père… Ecrit en français par une jeune japonaise talentueuse vivant à Montréal, ce récit se déploie comme le fruit du zakuro, la grenade, arrive à maturité, tout en douceur alors même qu’il relate une tragédie. Une merveille de finesse, de pudeur, d’émotion contenue qui ne nous quittera plus.
Aki Shimazaki : Zakuro, Actes Sud, 2009.
Un couple appartenant au “troisième âge” achète une villa dans un lotissement hyper- sécurisé “senior only”. L’installation est un peu difficile car les travaux ne sont pas tout à fait terminés… Voir s’installer de nouveaux voisins est donc source d’espoir et de réjouissances. Et pourtant les choses ne sont pas si simples : l’éducation, la culture, les non-dits et les fantasmes mettront les nouveaux arrivants à rude épreuve!
“Je ne crois pas Dieu mais il me manque”… La soixantaine un peu sourde, Julian Barnes se penche à l’avance au dessus du trou, du caveau de famille, de la place réservée qui l’attend. Rien à craindre! C’est vite dit… Julian Barnes nous convoque auprès du feu, à côté de Flaubert, Jules Renard, ses maîtres, et disserte sur sa peur de la mort, sur ses parades, ses lectures, ses souvenirs de famille hilarants. Entre trouille bleue et rire jaune, lectures savantes et fanfaronnades, ce livre ne nous épargne guère, nous lecteurs. Et si on allait l’oublier avant sa mort, ou pire après. “Salaud de lecteur!” C’est nous qui le pousserions dans le trou? Grave, délicieux, paranoïaque, ce journal de bord d’un athée qui le regrette est un merveilleux compagnon de route pour insomniaques guettant l’ombre sur le mur, le souffle de l’au-delà, les signes avant coureurs de…Tu dors?
Parc Monceau, deux enfants jouent, ils ont trois ans et d’emblée un pacte se lie entre eux. Désormais se sera à la vie à la mort. “Le premier qui passe de l’autre côté fait signe à l’autre”. Les enfants grandissent, partagent une passion pour la BD, le cinéma, le Père Lachaise, les filles. Quelque chose est là pourtant, dès le début, qui sème le doute dans cette amitié sans tache. Sans tache ? Les coups de canif au contrat auraient dû être insignifiants, si… Philippe Grimbert sonde en mode majeur, les failles et dérapages mineurs. Avec la patience du psychanalyste, il met en lumière, par petites touches, le trouble adolescent, les blessures, la solitude de garçons brillants, sensibles, montés en graine dans des appartements parisiens trop grands, trop vides. Un roman bouleversant, sobre, juste, qui à à coup sûr deviendra un classique.
“Certaines œuvres prennent du temps à germer et grimper la chaîne du temps et de l’espace qui leur permet de faire cohabiter le possible avec l’impossible, l’imaginaire et le réel. Enfin, de faire de la littérature, avec tout ce que cet art porte de contradictions en lui, à la fois fouillis taillé de références, épure de fresques humaines intarissables, drames communs auxquels le style et la langue donnent une vie nouvelle, inquiétante. Ce sont ces livres qui donnent envie de lire, et offrent au critique la chance de sentir qu’il fait autre chose que de juger de la couleur des saucisses.“(Maxime Cattelier)
Peu avant sa mort, Jacques Henrard a eu le bonheur d’apprendre que son dernier livre allait être publié. Il s’agit de son testament spirituel, d’un retour sur ce que furent sa vie, sa foi, et sa longue errance dans le doute. Hostile et méfiant face à tout dogmatisme, il pose les questions essentielles que se pose l’homme, questions qu’il laisse toujours ouvertes; le récit s’adresse donc à tous, croyants ou non, porté par le souffle de la vie, le silence, la lumière; l’écriture est imagée, faite de mots simples, légers, fraternels, au raz des choses, à genoux et en toute humilité.
Ce roman passionnant se déroule dans un ranch plutôt minable… Le père tente difficilement de faire survivre sa famille en profitant de la naïveté des amateurs d’équitation; la mère est alitée depuis la naissance de sa deuxième fille; l’aînée s’est sauvée avec un cow-boy…